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mercredi 24 juin 2015

Le raton laveur



Et bien alors Marcel, on ne poste plus ?
Un petit texte inspiré de ce style (trop ?) plein d'incises et de digressions sans queues ni têtes que tu emploies parfois, pour te redonner le moral mon chou.





A Siana, mon amour ...



Il était une fois un jeune raton laveur. La petite boule de poil venait juste de rosser son premier castor, ce qui, comme chacun sait, indique l'âge de raison chez les ratons.
 (En effet, c'est un fait bien connu, les ratons laveurs et les castors ne s'apprécient guère. Une rivalité aussi vieille que le monde les oppose et en a fait les Montaigu et Capulet du règne animal). Donc, notre raton venait juste de devenir un adulte. Tout fier de lui, et encore plein de sa récente victoire, il roulait des mécaniques au bord de la rivière.


Ainsi que la tradition ratonne (féminin de "raton") le stipule, tout raton qui arrive à l'âge de raison se doit de pavaner sur les lieux de son forfait au moins 3 heures et demi avant de rentrer au bercail (3 heures trente étant le temps qu'il faut à un barrage pour céder si son castor ne revient pas l'étayer).











Notre raton n'attendit toutefois pas 3 heures et demi et, trop ravi d'être enfin un adulte fort et indépendant, préféra aller chasser des papillons dans la clairière avoisinante.











Seulement, le castor rossé ne l'était pas tant que ça, et se réveilla après "seulement" 2 heures de coma. D'abord partagé entre l'envie d'aller prendre sa revanche sur l'insolent rongeur - ironie : les castors sont aussi des rongeurs, mouarf -, et celle de sauver son ouvrage flottant, il opta rapidement pour la seconde option et pu consolider son barrage avant qu'il ne cédât.











On n'en parle pas assez, mais en réalité l'équilibre du monde repose quasi-exclusivement sur les us et coutumes des ratons et des castors (le "quasi" faisant référence à l'impact non négligeable qu'ont les papillons sur l'ordre des saisons puisqu'il suffit qu'un seul d'entre eux batte des ailes pour provoquer un ouragan à l'autre bout du globe, et que puisqu'il y a des papillons partout dans le monde, les forces de leurs battements d'ailes s'opposent et s'annulent (cependant, la Terre serait bien plus en danger si tous les papillons de l'hémisphère Est venaient à disparaître le même jour qu'elle ne l'est depuis 50 ans de réchauffement climatique)).
En effet, trop peu de personnes le savent, mais les castors et les ratons sont responsables du bon fonctionnement du cycle de l'eau sur notre planète. Et pour cause, avec les barrages des uns et ce rituel de destruction de digues en bois des autres, l'eau qui jaillit du manteau terrestre s'écoule juste au bon débit : assez rapidement pour ne pas causer d'inondations, et assez lentement pour pouvoir irriguer les sols auprès desquels elle coule et ainsi les rendre fertiles.











Or, notre raton était parti à la chasse aux papillons (activité ô combien importante quand on sait quel prix les femelles ratonnes (oui, ratonnes) attachent à ces délicats insectes qui, s'ils sont immédiatement plongés dans une ruche après leur capture et séchés 3 semaines en plein soleil une fois enduits de miel, font de ravissantes broches et autres bijoux du meilleur effet).
Son rival le castor eut donc l'occasion de sauver son barrage, ce qui eut pour effet de freiner le débit des eaux de cette rivière.
Mais le mal était bien plus profond.
Il faut savoir que la vie d'un raton est éprouvante et ne comporte que peu de loisirs. En effet, ces charmants marsupiaux (je n'ai aucune idée de savoir s'ils sont réellement des marsupiaux ou non, mais on me concèdera la flemme d'aller sur wikipédia vérifier une info dont, de toutes manières, on se tamponne le coquillard avec une patte d'alligator femelle) passent le plus clair de leur temps à faire des allers-retours entre la forêt et la rivière afin de ramener sous les frondaisons un maximum d'eau possible.
Cet intriguant processus ne sert d'une seule fin : les ratons passent la majeure partie de leur existence à nettoyer la forêt à l'eau claire. 
Il est dit que dans les temps immémoriaux où Dieu n'était encore qu'un enfant, les animaux de la forêt - qui, eux, existaient déjà à cette époque - aimaient à se rassembler près de lui pour jouer avec ce gros bébé barbu - la barbe est un attribut divin, quel que soit l'âge.
Bien entendu, chacun avait un rôle bien précis dans ce paradis d'alors. L'hirondelle emmenait les graines d'un endroit à l'autre pour propager les forêts ; la souris était chargée de la récolte des fraises ; l'éléphant écrasait tout ce qu'on lui donnait à compresser (le big bang n'ayant pas encore eu lieu et l'univers n'étant pas encore en expansion, il fallait ménager l'espace disponible) ; le pingouin s'assurait que le divin bébé ait toujours de la glace à portée (fraises + écrasement + glace = super sorbet, péché mignon divin par excellence) ; et le castor, à cause de leur queue-bouée, étaient chargés de veiller au bon écoulement des rivières.
Cependant, par un terrible après-midi de paradembre (le seul mois existant au paradis), le castor s'endormit et laissa l'eau des rivières couleur jusqu'à ce qu'il n'y en eut plus.
Voyant cela, le raton, qui passait par là, se hâta d'aller rapporter l'histoire au Tout Puissant afin, justement, qu'il puisse quelque chose.
Le raton courut, courut, et courut encore. Pendant 42 kilomètres 500, il s'époumona pour enfin parvenir au jardin divin. 
Parenthèse : à l'époque, raton n'avait pas de féminin. Et quand le singe, scribe des temps immémoriaux (ben oui, s'il n'y a pas de mémoire, faut bien les écrire ces histoires ! comment nous seraient-elles parvenues sinon ?), vit le raton arriver après avoir accompli cet exploit sportif, il hurla, car c'était une fille, "Ma Raton !!!! Qu'est-ce que tu es forte !". Assez étrangement, l'humanité n'a conservé que la première partie de cette expression ... fin de la parenthèse.
Lancée à pleine vitesse, elle ne vit Dieu qu'au dernier moment  et lui rentra en plein dedans, faisant valser son beau sorbet à la fraise sur le sol.
Dieu entra dans une colère noire et jura que toute la descendance ratonne devrait nettoyer toutes les forêts du monde qu'il créerait bientôt (même Dieu dût attendre l'âge de raison divin avant de pouvoir créer des mondes). Et quand il appris pourquoi la raton avait tant couru, sa colère ne diminua point. Bien au contraire, furieux, le Grand Architecte s'en alla réveiller le castor et le maudit.
"A partir d'aujourd'hui, tu devras construire des barrages sur les flots pour que jamais plus tu ne laisses toute l'eau du monde s'écouler. Et jamais tu n'en auras terminé, car les ratons viendront toujours détruire ton ouvrage, et il te faudra alors recommencer".

Mais, revenons-en à notre raton.
Sa race était, donc, très occupée à nettoyer les forêts. 
Le seul réel moment où il était admis qu'un raton ne soit pas en train de récurer les racines d'un vieux chêne était, justement, lorsqu'il s'en allait bastonner du castor.












Victorieux et impatient, notre raton était à la chasse aux papillons. Un activité hautement gratifiante car elle lui permettrait, à coup sûr, de s'attirer les faveurs d'une belle ratonne. 
En rentrant au village raton, il offrit un magnifique papillon (un machaon grand porte-queue ! c'est vous dire ...) à la rongeuse de ses pensées et bomba son torse velu devant toute sa tribu.
L'histoire fit bien vite le tour des foyers ratons et bientôt tous les jeunes laveurs voulurent faire de même. Quel besoin était-il de rester 3 heures et demi à pavaner sur une rive après avoir boxé un castor quand on pouvait utiliser ce temps pour attraper un papillon qui pouvait séduire une femelle ?
Dès lors que la combine fut percée à jour, tous les jeunes ratons se mirent à faire de même, et bien peu restèrent au bout des 3 heures trente pour s'assurer que leur victime castor ne serait pas à même de réparer son barrage.
Ainsi, les "ratés" se multiplièrent - et vinrent s'ajouter au nombre, normal, de ratons finissant rossés par les castors qu'ils avaient attaqués : car ceux-ci ne se laissent pas faire non plus. Il y eut plus en plus de barrages et bientôt, le monde fût inondé.











En ce temps là, Dieu passait beaucoup de temps à jouer avec sa dernière création, l'humain.
Quand celui-là eût les pieds dans l'eau, sans comprendre ce qui lui arrivait, celui-ci sortit de sa contemplation narcissique (il a fait l'homme "à son image" !!!) et s'en alla voir ce qu'il se passait dans la forêt.
Il ne lui fallu guère de temps avant de trouver les coupables. 
Décidément, se dit-il alors, les animaux sont ingérables ... 
Il eût alors une étrange idée.
Puisqu'il était trop occupé à créer l'univers pour pouvoir s'occuper des animaux, il laisserait l'humain s'en charger en son nom. Aussitôt dit, aussitôt fait - au sens littéral : il est omnipotent et possède donc le Verbe absolu, le performatif divin.
L'humain qui ne comprenait toujours pas d'où venait toute cette eau en reçut soudain des trombes sur la tête. Une tempête diluvienne commença.
Guidé par une inspiration toute divine, l’humain construisit un grand bateau, dans lequel, comme par magie et sans qu'il se demande ni comment ni pourquoi, toutes les races d'animaux se présentèrent bientôt par binômes. Finalement, pendant que Dieu cherchait la bonde de l'Océan Pacifique avec son masque et son tuba, le monde fut submergé. 
Quand enfin il l'eût trouvé et que les continents émergèrent de nouveau des eaux, l'humain laissa les animaux quitter son embarcation et remarqua que les ratons portaient maintenant un bandeau noir sur leurs yeux : le stigmate divin de la honte qui allait, génération après génération, devenir partie intégrante de leur pelage. 
Les animaux partis, Dieu expliqua à l'homme le goudron et le béton armé, afin que ce dernier puisse construire zoos et barrages, pour administrer le monde de manière plus sage que la vie sauvage.
Puis il partit en voyage, créer un autre univers. Et, même quand on est Dieu, sortir d'un univers en expansion pour aller en créer un autre dans le vide intersidéral voisin, ça fait loin.












L'on dit que le nouvel univers a été créé il y a peu (quelques milliards d'années tout au plus). Dieu devrait bientôt être de retour.

Depuis quelques temps, si l'on se promène dans les bois la nuit, il est possible d'entendre de drôles de bruits. Les rires étouffés des ratons qui se fendent la poire à l'idée de ce que Dieu dira quand il verra ce que l'humain a fait de son monde. 
Mais qui sait, peut-être que si l'humanité lui prépare un bon sorbet aux fraises, il passera l'éponge ... comme les ratons dans la forêt ?




Lisa

dimanche 9 février 2014

Enfin.


Ma photo

Jeanne s'habille et ensuite prend son petit-déjeuner.

Oui, ce n'est pas logique, mais les habitudes ne changent pas. Surtout les mauvaises. Elle a une belle journée en perspective. Seule, mais une belle journée tout de même. Beaucoup se réjouissent d'avoir enfin un moment pour eux. Ce n'était pas son cas. Justement, elle rêvait d'avoir enfin un moment pour ses amis. Elle n'a pas de petit-ami. Elle n'a pas de chat. Elle n'a qu'elle et son travail. Elle n'a pas de collègues non plus. Elle n'a qu'elle. Elle, et le métro.

Elle aimait tant observer les passagers du métro parisien. Il y avait ceux qui étaient mal réveillés, ceux qui étaient en retard, ceux qui appréhendaient l'idée d'aller travailler. Elle était contente quand elle voyait un visage heureux de sa journée. Des fois – souvent - elle rencontrait les mêmes personnes, les mêmes visages, et elle avait fini par apprendre à deviner leurs vies à partir de petits détails: nouvelle tenue, nouveau livre, nouvelle personne avec eux dans le wagon. Elle trouvait cela génial, des gens qui partagent le même espace, réduit, familier, à la fois seuls et cohabitant. Le métro parisien était sa destination préférée. Elle pouvait le prendre encore et encore pour observer la foule, anonyme et individuelle. C'était sa manière de partager les choses. Les choses des autres. Les premiers temps elle s'amusait de voir la masse vivante se déplacer. C'était digne d'un documentaire aquatique: les gens sortaient du métro et marchaient d'un pas commun et frénétique, à des rythmes différents mais vers de mêmes destinations. Un véritable banc de poisson.
Tous tournaient au même endroit au même moment pour prendre la sortie 3 de Châtelet ou pour faire le changement de la ligne 1 à la ligne 14 direction Saint-Lazare. D'une même foule se dessinaient plusieurs parcours, et Jeanne différenciait ainsi les Parisianus Olympiadus des Cadrus Défensus, même si les indécis Touristus Pauméus brouillaient les pistes.

Mais aujourd'hui c'était différent. Le métro devait la mener à un endroit précis, enfin.

vendredi 3 janvier 2014

La Privation - seconde partie




Avec un peu de retard, toute l'équipe du Sous Espace Sale vous souhaite une heureuse année 2014 et vous offre, comme promis, la suite de notre feuilleton. 






La privation (2)



Je me réveille. Voilà l’origine de mes certitudes. A poil, dans la brume ouatée du vomi de quelqu'un d'autre, muni en tout et pour tout d'un caleçon de lin que je n'avais pas lorsque je suis arrivé dans cette maison. La tête en mode presque. Ambiance fin du monde. Lancinantes stridences en mode mineur, quelques notes sur la portée.
Qu'est-ce qui s'est passé? Coma éthylique, fatigue accumulée, je ne savais pas dans quel désordre j'avais mis les pieds. Il y a un canapé, une fenêtre aux volets fermés, un miroir et un hétéroclisme en vrac de trucs et d'autres, de la gnôle, des porte-jarretelles sur une patère chrome & ivoire, des masques vaudou récoltés dans plusieurs fêtes foraines, des affiches publicitaires parmi des jetons de casino, des photographies cornées d’événements datant des années cinquante, des colonnes de livres soutenant un plafond lézardé et gonflé d'humidité, un piano étirant ses touches pour atteindre la frange de lumière coulée des persiennes, un bras de mannequin vert olive, des photocopies de cours de sociologie éparpillées au hasard d'un vent sournois qui se faufilait par les fissures des murs en produisant un bourdonnement sourd et persistant. Des cendriers déversaient leur trop-plein sur les tapis grand siècle importés de Chine. Quelqu'un(e) avait écrit au gloss sur le miroir,

Chez Sofian, la fête entrait dans sa quarantième heure et sans aucune transition les lettres dansaient une sarabande frénétique devant mes yeux incrédules. Rouge puis rose pâle, elle changeaient de couleur comme d'angle, de perspective, de position et de coordonnées spatiales avec la simplicité ironique du sourire d'un chat suspendu dans les airs. La ligne s'est transformée en caractères mandarins souriants qui sautillaient une gigue endiablée. Une phrase de mon professeur de physique revenait régulièrement – les mathématiques sont une expression de la volonté de vivre. Les aborigènes se connectent à la trame de l'espace-temps en surfant sur des équations d'une élégante simplicité. Les hommes de la Renaissance truffent leurs tableaux de références cryptées, les élaborations de pointe de leurs contemporains. Des particules de poussière dans le vide. Des souvenirs sur des bouts de papier, tu leur dois le respect, la nostalgie et la tristesse légère des jours enfuis – surtout si tu ignores à qui appartient la mémoire fixe de ces gens. En 1610, François Ravaillac assassine Henri IV en espérant sauver la religion catholique – le roi condense la pulsation du cœur de Dieu. En 1461, la flamme consume François Villon qui écrit la création comme cause collective, la défense des réfractaires et des réprouvés, l'esprit gourmand du monde distillant sa sève dans le chaos rigide des apocalypses. L'apparition du livre imprimé se produit en Chine, bien avant la machine de Gutenberg : il existe un extrait du Sûtra de diamant imprimé en xylographie par Wang Jie en 868, la première forme virale de contamination par la connaissance. Et tout se floutait, la conscience dessinait des arbres nus aux branches infinies ondulant comme de la musique, aux travers de larges espaces sans couleur. Hieronymus van Aken achève en 1505 Le jardin des délices, triptyque que l'on peut méditer au musée du Prado – je voyais là la consécration, l'esprit un et indivis sur la terre comme au ciel. Une réunion des principes accouchant de résultats fiers et droits, la vision établie d'un univers aux paramètres ingérés, clairement heureux, l'absolue perfection de la forme. Les bandes armées de révolutionnaires allemands ne cherchaient rien d'autre, ne circoncisaient leur rêve que pour mieux en ignorer le prépuce isolé, la preuve indubitable, l'immortalité de l'âme. Ainsi les rigorismes de Robespierre, la raison sans chair ni sang et l'angélisme mortel de Louis-Antoine Saint-Just, la vertu, la nation, l'armée. Le jeu des oppositions dynamiques, la théorie des contraires. Tout indique que l'anti-nômos est le synonyme du nômos. Je butais sur la capacité de mon esprit à ranger les informations selon un classement dont je ne comprenais pas le système de valeur.

dimanche 1 décembre 2013

La Privation - première partie



Pour faire le lien entre 2013 et 2014, l'équipe du Sous Espace vous propose un petit roman feuilleton à cheval sur ces deux années. Il commence aujourd'hui, 1er décembre 2013 et continuera à être publié tous les 1ers du mois en 2014, jusqu'à sa fin. Plongez dans l'univers nébuleux d'une folle soirée dont les protagonistes se souviendront toute leur vie ...








La privation (1)


Chez Sofian, la fête entrait dans sa quarantième heure.
Sur le sol de la cuisine, Horace et David s’entraînaient à empiler des objets au hasard par-dessus une bouteille de champagne vide. Tout se compromit lorsqu’Andy entra dans le jeu et tenta de rajouter une chaussure à la semelle explosée. La pile tomba. Un bouquin de Michelet qui traînait par là écopa d’une rasade de chianti – un siècle et demi réduit en masse molle de papier trempé. De rage, David glissa la tête la première dans une casserole de spaghettis à la bolognaise froids.
Alexandra regardait tout cela avec anxiété : sa chaussure droite, une petite merveille à talon haut, s’était échouée près de la flaque de chianti. Son chemisier blanc était tout taché de whisky.
Les marins allongés dans le couloir cuvaient quelque chose, agitaient bras et jambes quand le besoin s’en faisait sentir. Plus loin, dans le salon, le centre névralgique des opérations, un groupe était assis en tailleur près des haut-parleurs, baffles blastant une petite centaine de watts, g-funk, tous bougeaient la tête comme le petit chien à l’arrière des voitures. Pouvoir énorme des battements de cœur.
Les autres s’éparpillaient au petit bonheur.
Quelques uns se réunissaient autour d’un petit livre dont on ne pouvait apercevoir le titre.
Des mots sourds et puissants volaient, sous-tendus par quelque chose de plus large et répétitif dans la conversation. Ils hurlaient pour se faire entendre. Je vais te manger par les symboles. Tous se piquaient d’écrire. Bien peu savaient lire vraiment. Prenons une grille, quelques traits en somme (l’un traçait alors sur une feuille de papier, le verso d’un truc moins important, une série de courbes et de lignes précises), appelons ça fonction des x, on en sélectionne quelques valeurs auxquelles on fait correspondre des lignes verticales, perpendiculaires à l’abscisse, vous voyez ? Un autre ajouta : comme les barreaux d’une prison. A peu de choses près. Mais il n’y a pas de risque que cela devienne un mur, si on prend des variables trop proches ? Non et c’est précisément cela l’intégration, répondait le maître de conférence. Un type, s’il peut prendre la taille qu’il veut, parviendra toujours à se glisser entre les barreaux. C’est le contraire de la différenciation. Sinon (et les variables de x changent) on a bien affaire à un mur et le type est dans la merde, mais c’est une autre histoire.
Dans une des chambres, un gars gueulait what’s up nigga ? à chaque fois que Sofian entrait dans la pièce. Et ils se tapaient dans le dos.
La distraction principale de Sofian, selon ses amis, consistait à harceler à l'infini ses adversaires.
Diego et Le Duke jouaient au poker en compagnie de deux étudiantes en économie. Les foulards qu’elles portaient leur donnaient un faux air de Grace Kelly. Grace Kelly en double, on the rocks. A demi allongées sur la moquette, les jambes repliées, elles ne voulaient pas douter de l’issue du tournoi – mais en l’espérant tout de même. L’une d’elles fumait une cigarette extra-fine. Une suave odeur de cannabis se déroulait dans l’atmosphère.

mercredi 20 mars 2013

[ PLAY ]



Une nouvelle poignante sur le jeu/je a atterrit dans ma boite mail il y une semaine. C'est un grand plaisir que de la publier ici, avec l'aimable accord de la plume qui l'a commise. En espérant que cela vous plaise et vous titille ... 

Marcel



[ PLAY ]

velveteen@writeyourlife.com a écrit :
« T'embrasser à nouveau, ce sera comme accrocher un regard dans la foule. Ce sera étrange, et envoûtant. Un visage parmi des milliers d'autres, et ce sera le tien. Je me perds dans les détails, je veux goûter autre chose que la saveur de tes mots, je veux être plus que cette petite pute que tu sautes dans un hôtel comme si chaque fois était la dernière. Je n'ai pas le droit de te le dire, alors je te l'écris. Peut-être que ça rend les choses plus simples pour toi, mais tu n'as pas le droit de le vivre ainsi : je te l'interdis. Je t'interdis ta femme, ta vie, je t'interdis de me regarder droit dans les yeux en pensant à mes jambes ouvertes, de rentrer chez toi le soir pour retrouver une femme que tu n'aimes plus, de vivre par procuration à travers moi, je t'interdis de m'offrir de la lingerie parce que tu ne penses qu'à toi. Je t'interdis d'être toi. Je veux que tu sois à moi. Je veux que tu sois moi.
Je ne veux plus t'avoir derrière une vitre. Au-delà de l'écran, il n'y a rien sauf la tristesse ; et je ne souhaite pas te retrouver là. Je souhaiterai qu'enfin l'avenir se dédouble et qu'il n'y ait que nous au milieu, dans l'intervalle entre les mondes, seuls, rien qu'à nous. Tu vois, ce que je veux c'est que le mystère devienne plus grand que nous. On a tellement de chemin à parcourir. »

En pièce jointe, elle avait ajouté deux photos explicites : un baiser au rouge à lèvres pulpeux à souhait (#1.jpeg) ; un fuck énorme taggé sur un mur indéterminé (#2.jpeg).

vendredi 15 février 2013

Promesse d'une nuit éternelle



Le thème du vampire est quelque chose d'assez en vogue en ce moment. Entre Twilight, True Blood, ou les plus anciens récits d'Anne Rice, cette figure qui traverse les âges est devenue un vrai phénomène de mode. Voici notre version de la chose, avec la pointe de désespoir et de romantisme sans lesquelles il ne serait nul shaggisme. 



Les premiers rayons d’un soleil flamboyant s’élèvent à peine au dessus de ma ligne d’horizon mais, déjà, je suis prêt à partir. Comme l'innombrable foule de mes semblables, je rentre dans la danse, je suis le troupeau. Le trafic, les embouteillages, le travail. C'est un jour comme un autre sur la planète Terre. Des gens naissent, des gens meurent. Depuis des années maintenant, mon cœur est mort et mon âme s'est résignée. D'ailleurs, cela fait bien longtemps que je n'ai plus de nouvelles d'Elle. J'y repense alors que ma voiture peine à se frayer un chemin dans cet imbroglio de métal et de méthane. Maintenant, je n'y fais plus attention, la poésie est une étrange bête que j'ai renoncé à sauver il y a trop longtemps déjà. Oui, j'y repense. Je repense à elle qui faisait encore battre ce vieux coeur malade sur un rythme emprunt de douceur et de joie. La poésie ... oui, c'est elle qui me l'a enseigné, à sa manière.

samedi 21 avril 2012

Le commencement



Commencement d'une vie, commencement d'un récit ?



Petite Emilie n'est pas comme les autres. Petite Emilie, en se levant ce matin, était tout juste née. Mais déjà, elle savait. Les premiers rayons de vie se posaient sur son corps chétif alors qu'elle humait les effluves terreuses de l'ouragan de la veille.

Oui, Emilie était née un jour de tempête, et sa vie était destinée à être comme telle ; un phénomène soudain, marquant, et éphémère.




Anima Antris

vendredi 22 avril 2011

Orage, amour et écriture ...

Au commencement était le verbe. Performatif. Parce qu’il est énoncé, ou écrit, il est déjà une action. Le verbe d’état n’existe pas. Au commencement était le verbe : action proférée…

Il leva la tête de son cahier. Le ciel était clairsemé de nuages épars qui étaient autant d’îlots gris sur une mer d’ocre et d’huile. Une légère brise agitait ses cheveux d’or et tandis qu’il méditait en mâchouillant le bout de son crayon, il observait d’un air absent son environnement dans le soleil couchant.
Depuis toujours, il voulait être quelqu’un. Mais pas n’importe qui ! Lui, il voulait être un écrivain maudit. Une sorte de poète ou de grand penseur que jamais personne ne reconnaîtrait de son vivant mais qui ferait un malheur une fois passé de l’autre côté du Léthée. Comme un Van Gogh. Et, jusqu’à présent, force était de constater qu’il y était bien arrivé. A toujours s’isoler, à se casser la vue sur de vieux manuscrits baroques à longueur de jour –et de nuit-, à fuir comme la peste ses semblables et à constamment adopter un air mystérieux et supérieur quand il ne pouvait les éviter ; il s’était créé un personnage qui collait parfaitement avec la première partie de son idéal de vie. A savoir : un écrivai(llo)n non reconnu par ses contemporains.

lundi 14 février 2011

Comment exécute t-on une Tâche ?




Elle ne distingua rien sur ses pieds. C'est curieux, elle aurait juré avoir aperçu quelque chose. Mais quoi ? Non, vraiment, rien. Il n'y a rien dessous non-plus. Tant pis, sans doute un trouble visuel. Quelque chose d'insignifiant et mobile qui avait dû trouver son pied assez beau pour oser y traîner son corps dégoûtant. A cette idée, elle le glissa précipitamment sous le drap qui recouvrait ses mollets puis regarda autour d'elle. L'endroit proprement inondé de soleil était chaud et dense. La poussière s'allumait sur les coussins, et les tissus enveloppaient la jeune dame tant et si bien qu'elle ne put se résoudre à s'en extraire. Il lui semblait entendre de la musique, mais elle ne savait dire d'où cette dernière semblait provenir. Qu'avait-elle fait la veille ? Seulement lu un peu, puis rompue de fatigue elle s'était endormie sur son canapé, toute habillée. Pourquoi demeurait-elle toute nue ici dans ce cas ? Elle promena quelques sa main sur son corps et sur ses hanches volumineuses. Rien n'avait changé. Elle sursauta.

Quelque chose avait frémi sur sa gauche. Elle scruta le mur, et s'apprêtait à s'en détourner quand elle la vit. Elle avait quitté son pied pour se coller au mur, la garce. La jeune femme tapa mollement le mur avec son petit poing, mais la Tâche avait fui. Les couvertures happèrent de nouveau la femme qui se laissa tranquillement aller à cette jouissance passive. A peine avait-elle fermé les paupières que le sommeil l'embarquait de nouveau. Enfin seule.

lundi 31 janvier 2011

Qui de nous deux ...

 


 ... ou l'histoire de la poule et de l'oeuf.





Alors, nous y voilà. Je me dis qu’il faudrait que j’écrive quelque chose, que ça serait bien de fournir un peu les pages de mon cahier. Ma raison a parlé : ce soir, je compose. Cela fait en effet trop longtemps que je ne produit plus rien de bon, voire plus rien du tout. Il faut que cela cesse. D’où ma motivation d’aujourd’hui. Ecrire, voilà l’important. Quelque chose de plaisant. Plutôt léger, mais profond. Une friandise, pour ainsi dire, avec un arrière goût agréable et qui donne à penser. Oh ! rien de trop sérieux. Déjà parce que je ne suis qu’une vulgaire écrivaillone : hormis les mots, leur musique et la manière de les faire valser, je n’ai aucun domaine de compétence ; et je serais bien en peine de disserter sur autre chose que sur la littérature. Et puis aussi, parce que je suis ennuyée par le monde. Les relations sociales, les interactions, tout ça, c’est moche. Quelqu’un finit toujours par vous tromper, vous utiliser pour son intérêt propre, et, à la fin, on est toujours le con de quelqu’un. Mais dans les livres, qu’on les écrive ou qu’on les vive, on n’a jamais ce problème. Enfin, il ne s’agit là que de l’opinion d’une misanthrope apathique. Donc, indiscutable. 

lundi 24 janvier 2011

Rêve de liberté, un rêve libertin ?

La nuit ne lui suffisait plus. Plus, elle voulait plus. Il fallait, plus. Sans cesse, elle ruminait son désir et sa frustration. La nuit ne suffisait plus. Elle se sentait prisonnière, enfermée dans son époque et dans son corps. Un «esprit pervers» —comme aurait dit son confesseur, s’il avait su- dans un corps désespérément trop sain. Un monde par deux fois trop bien pensant, et trop frileux. Et, coincée entre sa famille et une morale dont elle avait bien du mal à se déprendre, une Envie majuscule d’être prise, comme ça, au dépourvu, par le grand chariot d’un destin caracolant sans but vers l’horizon doré, mais en mouvement, lui au moins. Le royaume de Morphée s’étiolait autour d’elle ; la nuit ne suffisait plus. Face à sa terrible soif de vie, la magie des songes capitulait au gré de ses pulsions.

mardi 4 janvier 2011

La Descente

La ville se lave aux eaux de pluies, les rues glissent et me roulent dans le temps. Je descends.
Les passants baissent les yeux sous les larmes du ciel, et marchent comme des parisiens. Pressés, affairés, évitant à tout prix les autres. Ils semblent porter les nuages sur leurs têtes, et blessés par ce fardeau, cherchent à tout prix à se dégager de là. C’est plus fort qu’eux. Le son est celui des travaux, de la solitude, des voitures. Les commerçants sont derrière les vitres et scrutent les passants, espérant que l’un deux s’arrête et brise le monotone de sa journée, et lorsque les vitres reculent pour le laisser passer, le vent se retire un instant de la rue et s’engouffre dans la boutique, comme heureux. L’effervescence des fêtes est sans doute retombée, et la vie reprend son cours, douloureux, grinçant. Je ne peux m’empêcher de sourire à ce mendiant qui est assis à côté de l’église, les mains jointes. Je ne donne jamais rien aux mendiants.

samedi 25 décembre 2010

Bob, un jeune homme simple.

 Chers amis, lecteurs, âmes en peine, ou visiteurs égarés de la toile (les catégories ne sont pas exclusives les unes des autres), je vous souhaite un Joyeux Noël. 
Moi non plus je ne dérogerai pas à la tradition qui veut que l'on fasse un petit quelque chose pour Noël (et je laisse à Flightless le soin de disserter sur le caractère utile —ou non- et opportun d'une telle coutume). Voici donc mon modeste présent : un petit texte, dans le genre incipit, qui raconte la vie de Bob. 
En espérant que cela vous plaira et que l'on pourra y donner une suite ... 
  

- Bob ? Booob ? Où es-tu Bob ?

Anna cherchait son frère. Ni dans la cuisine, ni dans le salon ; pas de traces de lui dans sa chambre non plus. Pourtant Bob n’était pas du genre à passer inaperçu : un mètre quatre-vingt-sept de mâle bêtise ; une voix rauque à force d’être basse et qui faisait porter le moindre de ses chuchotements à dix mètres ; des converses «48 fillette», comme il aimait à le dire lui-même ; et une serpillère de cheveux d’ébène dont les folles boucles ne parvenaient pas à ternir l’azur de ses yeux opalins.
La jeune fille rongeait son frein. De deux ans son aînée, et manifestement résolue à rater son permis, Anna était tributaire de son frère pour se déplacer. Bob avait promis de la déposer en ville cet après-midi. Mais à quatorze heures trente, il n’était toujours pas là. Furieuse, elle sortit de l’appartement. La cigarette, la meilleure alliée des attentes indésirables, des temps morts à occuper. Arrivée sur le perron de l’immeuble, elle le vit. Il courrait à en perdre haleine dans sa direction. Au moins le placide jeune homme était-il conscient de son retard. Frustration fugace, bien vite éclipsée par la course du temps, Anna ne put même pas profiter de sa nicotine. A peine eut-il atteint le parking que le frère les fit rentrer dans sa vieille guimbarde avant de démarrer en trombe, direction le centre-ville.

vendredi 10 décembre 2010

Ainsi parlait De la Croix ...

Chuchotement indistinct, brouhaha incertain, dans les ténèbres on papote, on échange, on attend. Noir … Puis soudain, la lumière, zénithale. Elle pleut des projecteurs et rougeoie sur le rideau. Le brouillard bavard se lève et laisse place à un profond silence, un silence de mort, pour ainsi dire. Trois coups sont frappés, c’est le signal, la pièce peut commencer. Froufroutements du velours volant, il découvre dans sa fuite un bel intérieur, appartement haussmannien, très cossu. Quelques figurants, boniches, sages-femmes, parents, médecins et un personnage principal, Angèle. Celle-ci vient de naître. La liesse est sur tous les visages, la mise au monde s’est bien déroulée, il n’y a pas eu de complications. Le Baron De La Croix et sa femme sont heureux. Quelques répliques, de grands sourires, les acteurs enfilent leurs rôles comme des gants, ils leur vont à ravir.

Le Baron est un parvenu. Tout gentilhomme qu’il est, il n’a aucun talent, aucun mérite. Son plus grand acte de bravoure a été de se décrocher la mâchoire lors de sa naissance afin de pouvoir accueillir dans sa cavité buccale l’imposante cuiller en or massif que lui tendaient ses parents. Il naquit en 1865, héritier unique d’une grande et longue lignée de bourgeois. A vingt ans, son père, à la tête d’un véritable empire financier, décida qu’il était temps de le marier. Et quel meilleur parti qu’une bonne famille de la haute aristocratie française, elle-même sur le déclin depuis 1789 et plus que jamais en ces temps troubles de ministères opportunistes et ouvertement anticléricaux ? Les noces, pompeuses plus que somptueuses, furent célébrées en l’an de grâce 1885, alors que s’achevait la vague de réformes de l’école de la République. C’est ce jour là que le Baron acquit son titre, en épousant la sémillante Baronne De la Croix. Inodore, incolore, imberbe et flasque, le Baron était un gentil. Il se contentait de suivre, de loin, la manière dont ses conseillers géraient sa fortune et vivait de ses rentes, dans le plus simple luxe qui soit. C’est qu’avec le temps, sa cuiller avait accouché de tout un service de table, et du set de rechange encore ! Et dire que les radicaux, comme les communards avant eux, souhaitaient instaurer un impôt sur le revenu ! La perte des valeurs, soupirait-il parfois, sans jamais oser élever la voix de peur qu’on ne l’entende. Etre sans saveur, il n’était pas incommodant mais quelque peu bêta, il s’émerveillait facilement. C’est grâce à cela que lui et sa baronne de femme purent vivre en parfaite harmonie, s’aimant presque, mais pas entièrement –il ne fallait pas être inconvenant, les sentiments, c’est pour les pauvres.

lundi 25 octobre 2010

Igor, Sagan et l'expression artistique



Quelle ne fut pas ma surprise quand, il y a quelques jours de cela, j'ai trouvé dans ma boite mail un texte bien singulier. Aucun mot, aucune requête, juste quelques lignes consacrées à Igor et à Sagan. Alors, sans plus de formalités, je vous livre cette contribution anonyme ...

Marcel Shagi

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Igor, Sagan et l'expression artistique.

Elle était belle, assise dans un fauteuil couleur taupe, chandail rouge posé sur ses petites épaules. Elle avait un regard triste, avec des larmes qui ne coulent pas, comme pour exprimer qu'il lui était totalement indifférent que les autres aient une quelconque compassion. Sa tristesse lui appartenait pleinement et elle en était la seule gardienne : « Sur ce sentiment inconnu dont l'ennui, la douceur m'obsède, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse ».

mercredi 2 juin 2010

Chroniques oubliées, chapitre apocryphe premier


La ville s’endormait. Les derniers rayons d’un soleil cancérigène venaient se poser sur Roglared’nam, la ville carrefour, à l’est de Leshrac. Comme tous les soirs, avec les ombres, les rues désemplissaient et ne restaient dehors que les « hiboux », surnom donné aux noctambules par les bonnes gens, vivant le jour, donc, et répondant eux-mêmes au doux sobriquet de « fourmis ». Alors que les fourmis, harassées par une dure journée de labeur (ou pas) se rentraient gentiment dans leurs immondes baraquements, les oiseaux de nuits ne s’éveillaient pleinement que sur les coups de minuit. Petits trafics et transferts de frics, les rues désertées étaient fréquentées par une bien étrange société. Mécréants de tous acabits, criminels forcenés sans le moindre alibi ; c’est de cette faune infâme qu’était extrait le héros de ce drame, l’héroïne même.
Petite sans être naine, velue sans être gnome, raffinée mais sans pour autant pouvoir revendiquer un seul aïeul elfique, elle se mouvait avec agilité dans les rues ténébreuses de cette cité viciée. L’agilité et la hargne dont elle faisait preuve étaient respectées par tous les brigands du quartier. Elle était considérée comme un bon parti par sa communauté d’origine où sa blondeur était fort prisée. Peu pudique, elle ne se vêtait que d’un gilet ouvert sur ses formes naissances qui se laissaient deviner sous son abondante pilosité. Ses poignets étaient, quand à eux, enroulés dans quelques bandes plutôt serrées qui lui donnaient un air de karatékate déterminée. Dans ses yeux en amande, plus sombres que l’encre, brûlait la flamme de la détermination que venaient ambrer les tanins de l’ironie.