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jeudi 25 décembre 2014

Le ciel est vierge encor quand se lève l'Aurore


Il y a quelques semaines, donc, je rencontrai mon bon ami Bernard de la ville de P., et nous bûmes un café en profitant jalousement des derniers rayons d'un soleil estival sur le déclin. 
Nous parlâmes de choses et d'autres, mais surtout de littérature, et de poésie. Peu versé dans la versification, je lui offris une anthologie afin qu'il puisse découvrir quelques unes de nos plus belles plumes et les faire discuter entre elles. A titre d'exemple, je lui citai le poncif de "La Belle matineuse" auquel plusieurs grands poètes s'essayèrent. Les trois poèmes que je lui lus semblèrent lui plaire, et je lui lançai donc le défi de renouveler le topos. Quoi de plus formateur que de faire ses armes avec un "à la manière de"?

Après son travail sur ce thème, voici le mien. Il s'agit d'un sonnet, tout ce qu'il y a de plus commun, qui tente humblement de proposer un nouveau dénouement à ce beau poncif. Puisse-t-il vous plaire.
Joyeux Noël. 



Le ciel est vierge encor quand se lève l'Aurore.
Un matin cependant, à l'heure du réveil,
Une nymphe paraît dont l'éclat sans pareil
Fait depuis l'Occident naître le jour encore.

Face à tant de beauté l'horizon se colore ;
Il rosit, il rougit, s'habille de vermeil, 
Et la flore après lui, à ce nouveau Soleil
Offre tous ses bourgeons et ses fleurs à éclore.

Si la nymphe triomphe elle n'est éternelle ;
L'Aurore le sait bien et sa gloire immortelle
Brillera, dans mille ans, d'une flamme profuse.

Alors de ses rayons elle fait un diadème,
Et l'offrant à la nymphe elle en fait une Muse,
Afin que sa splendeur lui survive en poème.

Marcel Shagi


dimanche 16 novembre 2014

Au beau crépuscule


Il y a quelques semaines, je rencontrai mon bon ami Bernard de la ville de P., et nous bûmes un café en profitant jalousement des derniers rayons d'un soleil estival sur le déclin. 
Nous parlâmes de choses et d'autres, mais surtout de littérature, et de poésie. Peu versé dans la versification, je lui offris une anthologie afin qu'il puisse découvrir quelques unes de nos plus belles plumes et les faire discuter entre elles. A titre d'exemple, je lui citai le poncif de "La Belle matineuse" auquel plusieurs grands poètes s'essayèrent. Les trois poèmes que je lui lus semblèrent lui plaire, et je lui lançai donc le défi de renouveler le topos. Quoi de plus formateur que de faire ses armes avec un "à la manière de"?

Voici donc, pour la première fois sur le Sous Espace, la plume de Bernard Saïd, dans une interprétation de La Belle matineuse, en "sonnet triché" - comme il le dit lui-même : une "nouvelle forme poétique pour les fainéants", ses vers n'étant pas tous d'une orthodoxie alexandrique avérée.



Au beau crépuscule

Sculptées dans sa peau salée et brune de l’été,
Ses courbes dorsales défient la ligne de l’horizon.
L’astre de feu retient sa chute, car sur le ponton
Un autre soleil embrasse la mer d’huile, troublée.

Il scintille tant que la Nuit refuse de tomber ;
La déesse avise son fils : « Morphée, attendons ».
Jaloux du jeune soleil, Morphée scande une chanson :
Les yeux clos, un songe glisse sur mon corps éthéré.

Hélas ! Tandis qu’endormi dansent mes désirs
Les dieux se disputent sa chair tendre comme des vampires.
Mais, nul ne peut vaincre pareille beauté par la haine.

Mon héros jaillit nu des vagues rouges et noires ;
Honteuse, même la lune s’éclipse devant la sienne.
Je me rends et m’incline à la lueur du soir.

Bernard Saïd



mardi 10 juin 2014

Des océans dans des fontaines




En hommage à Abdel Raoul, ainsi à ce bon vieux Blaise.

« En ce temps là j’étais en mon adolescence … »




Alors à peine âgé de la vingtaine, la vie me semblait avoir déjà capitulé. Partout la routine et l’uniformité s’érigeaient en normes et l’or avait fui les vers que je ruminait à longueur de journée. Je vivais dans le sud et j’avais alors à cœur de finir mes études pour enfin me jeter dans le torrent de la vie. Je le pensais fougueux, je le voulais impétueux – impérieux même - ; si violent qu’il m’aurait comme pris en otage, malmené et roué.
J’étais un bourgeon, une fleur prête à naître, et je voulais éclore à la face du monde comme on rit au nez d’un impertinent : avec panache et audace. Mon cœur, jusqu’ici incolore, avait beau transir de désir, nulle part il ne trouvait la passion destructrice qui l’aurait affranchi de sa propre liberté. J’étais un produit mondial : une graine pensante dans un bouquet global que la bêtise – comme le folklore – a  tôt fait de faner. Un jour d’automnale grisaille, alors que je cachais mon visage derrière un passe montagne dont le motif floral reflétait mes déplorables appétits insatisfaits ; la coloration de la ville changea au son d’une voix.
Des notes hautes et riches – flûte de pan – pleuvaient sur la place. Les murs sur lesquels elles rebondissaient se chargeaient tout soudain de tons ocres et sucrés. Les commerçants et les gens bien comme il faut voulurent clore, à tous prix, leurs portes et leurs échoppes – fermer les écoutilles pour rester immergé dans la fange. Un bécarre explosa à mes pieds. Il me prit l’envie de danser. Mon soulier maculé de couleur battait la mesure tandis que m’on corps engourdi peinait à se réveiller. A la veille de l’Hiver, des Floralies prenaient la ville d’assaut.
Gagné par la fraîcheur du timbre cristallin, aveuglé par autant de couleurs ; je me guidais à l’oreille et cherchais à tâtons cette voix multicolore. Arrivé au centre de la place, je vis une naïade qui sortait d’un café pour plonger dans les eaux goudronneuses et glacées d’une proche fontaine.

Je la vois, je l’arrête et l’implore à genoux de renoncer à son bain.
— « Mais enfin ! pourquoi donc, lâcha-t-elle dans un rire, me priver de nager ? »
Et le monde devient un brillant paysage, un tableau radieux de sons pastels. Raisonné, raisonnable, je lui dis l’immondice des flots rances, et l’invite à s’en écarter. La surprise passée, étant bien élevé, je lui tends une main vierge et me présente. Culot rare, l’inconnue racée me fait un baisemain et garde ma pogne avec elle. Elle la tient, elle la tire et m’attire à elle près de l’onde noire. Autour de nous les falots ravinés et les intellos radicaux nous épient d’un œil mauvais quoique bovin.
— « Bon, je vous montre pour cette fois mon petit monsieur. »
Et la nappe pâteuse sursauta d’un ressac clair. Chaque éclat de ses mots venait zébrer la surface en un vaporeux reflux de lumière argenté.
Elle m’accroupit et pointa l’horizon par delà la houle. Au loin, un îlot ravagé dominait la mare ; et déjà nous ramions avec fièvre. Et même si le soleil et son halo rageur nous dardait de brûlures, nous ramions d’autant plus fort que le lac était grand.
— «  C’est notre royaume ! » scanda-t-elle avec joie.
Elle avait l’aura des Pythies d’autrefois, et la voix d’une ondée de printemps. Explorateurs des mers, raie d’écume dans la lame, nous voguâmes avec les serpents géants des grands fonds. Et l’orage et la pluie ne purent rien à l’affaire : nous croisions fièrement sans rien voir de la ville ni penser à autrui. Et le bleu de la mer enchantait nos cœurs de cabotins de paille.
Arrivés à l’îlot, elle me fit un présent : un grelot ravagé, outragé par le temps, dont le son métallique évoquait le ressac des eaux sombres et troublées qu’on venait de quitter.

De retour sur la place, j’étais extatique. Je me tournai vers elle tout plein d’espoir mais elle n’était déjà plus là. Je ne vis que sa cheville agile tourner à l’angle d’une rue, et alors que je m’apprêtais à la poursuivre, j’entendis l’écho sonore de sa voix résonner :
— « A une prochaine fois petit monsieur. Et souviens-toi : la mer est toujours bleue. »
Alors apaisé, je souris et décidai de rester méditer un instant la leçon qu’elle m’avait donné. Seul dans la foule – mais pour de bonnes raisons cette fois –, j’avais quitté les badauds et tous ces suce-goulots rationnels, sous perfusion de réel.

Il me fallut attendre la vingtaine pour apprendre à faire naître des océans dans des fontaines.


Marcel Shagi

mercredi 5 mars 2014

Sonnet dézingué #3 : Ode au gandin



Vous l'aurez sans doute compris : l'idée du dandysme, cette ascèse sublime qui permet à un homme de se dépasser et de "devenir à soi-même son propre poème", est une idée qui me plaît (quand bien même je m'habille comme un sac : on parle d'une idée, pas d'un dogme).
Voici un hommage à ces êtres pleins de panaches. Ode au gandin ...



Ode au gandin ...

La redingote et le chapeau,
Comme l'amour et les plaisirs,
Etaient l'héraldique drapeau
Des gandins morts pour leurs désirs.

Archétypaux en contre jour,
Il faut saisir dans leurs discours
La parodie et l'artifice.

Car ces atours et ces édits
Ont été vus mal à propos
Comme les lois dans grands dandies ;
Mais pas de pot, c'est du pipeau !

Les oripeaux et le glamour
Viennent ternir le doux velours
Des prosodies ; de leurs prémisses.

Car poésie et comédie,
Ce sont des règles à se choisir ;
Des édifices, des monodies :
C'est là tout l'art de se construire !

Bien dans sa peau, libre toujours,
Il sait séduire avec humour ;
Le beau dandy plein de malice.

Marcel Shagi

mercredi 15 janvier 2014

Résistance poétique


L'on m'a souvent demandé à quoi servait la poésie et pourquoi je m'entêtais à écrire des poèmes. Parmi toutes les réponses possibles, en voici une qu'aurait pu donner Hugo : pour ne pas oublier, pour résister au temps, et faire entendre la voix des perdants et des révoltés. "Indignez-vous", disait l'autre ; il aurait tout aussi bien pu dire "devenez poètes".




Evanescente amie qui me point tout soudain,
Tu m'animes et m'enjoues, je suis prêt à écrire ;
Je trempe mon stylet dans tes éclats de rire,
Et assène un poème à grands coups de gourdin.

Le vers est plein de vie quand l'image à du galbe :
Le chaos de la langue est un grand feu de joie
Où dansent les idées, où les mots qui rougeoient,
Contre Histoire et Oubli ravivent le coeur d'Albe.

Voici qu'elle se sauve, évanouie dans l'instant ;
La gloire et les vaincus s'en retournent au néant,
Je me retrouve seul, sans un mot et contrit.

L'Histoire s'est écrite au dépens des perdants ;
Muse ! si tu fuis et me laisse pantelant,
Qui peindra les Curiaces et leur honneur flétri ?

Marcel Shagi

jeudi 19 décembre 2013

Lettres de Lisa - L'inconnu du pont des arts



Devant le succès certain des "Lettres de Nine", et parce qu'elles m'ont faite vibrer, voici une lettre, de moi cette fois. Beaudelaire chantait la Femme au milieu de la foule assourdissante qui hurlait autour de lui, je rends honneur à l'Homme sur le Pont des Arts. 
Ô toi que j'eusse aimé, Ô toi qui le savais !





          Bel inconnu,

Cela fait une demi-heure que je vous regarde pleurer. Quelle tristesse vous ravage au point de vous faire perdre la pudeur des larmes ? Je devine une garce qui est partie en emportant votre cœur. Quel dommage ! Un autre jour, dans une autre vie, nous aurions pu nous rencontrer.
Je la hais de tout mon cœur. D’abord par solidarité et parce que moi, j’aurais bien voulu vous aimer. Fatalement, inconditionnellement. Et je vous assure que j’aurais laissé votre cœur à sa place.
Imaginez ! Nous nous serions vus, ici, sur le pont des Arts. Vous m’auriez aimée tout de suite à travers vos yeux embués. Nos mains se seraient frôlées et vous auriez compris que votre peine ne servait que votre destinée : vous amener à moi. Et en un instant, comme par magie, le pont des Arts serait devenu le pont des Soupirs.
Mais malheureux, vous avez jeté toutes vos larmes dans la Seine. Il n’en reste pas une pour moi. Votre cœur est sec maintenant.
Je m’en vais et vous donne rendez-vous demain dans cette autre vie dans laquelle nous aurions su nous aimer.
J’emmène avec moi la vision de vos pleurs pour que votre peine soit moins lourde à porter.
Sachez bien, Monsieur l’Inconnu, que dans l’immensité de Paris, quelqu’un pense à vous et vous a aimé un instant.


L’inconnue du banc d’à-côté

mardi 10 décembre 2013

Paris




Provincial(e) vindicatif ? Déçu(e) de la capitale ? Méridional(e) militant(e) ? Quelqu'un vient de nous envoyer un poème intéressant à propos de Paris, ville de l'amour pour une fois décriée. Enjoy ... 



Paris, tumeur vivace fardée de dorures,
Paris, cancer galopant baignant dans sa saumure,
Paris, dont les enfants mendient dans le métro,
Paris, ville moderne et à la fois rétro ;

Paris, tu es un père célibataire,
Marseille est ton pendant féminin à côté de la mer,
Mais tu restes fermé à ses embruns iodés
Et deviens un patriarche aux principes galvaudés.

lundi 25 novembre 2013

J'ai croisé une fille au parfum de vanille




En réponse - mieux vaut tard que jamais ! - à l'admirable provocation de Lisa.





J'ai croisé une enfant qui sentait le printemps.
A l'automne dernier, peu avant le solstice, alors que je me délectais avec malice de voir deux putains s'embrasser goulûment, elle parût devant moi avec étonnement. J'ai senti sur l'instant qu'elle était pour moi : la fraîcheur du matin précédait son pas leste, ses pupilles dilatées trahissaient son émoi, et pourtant au milieu des catins elle n'était pas en reste. 
Heureux hasard ? Défi d'enfant ? Je ne compris jamais qui l'avait amené dans mon antre cette nuit là. Mais elle était sur le pas de la porte, et observait avec des yeux gourmands dans lesquels brillent les joyaux de la culpabilité. Elle était là. Elle était là, et c'était tout. La pauvre enfant terrorisée ne savait que faire ou dire. 

A peine entrée dans le terrier, Alice était paralysée. Je m'approchais à pas de loups, bien décidé à la croquer avant qu'un sombre chapelier s'en vienne me la chaparder. Approchée avec tact, je l'ai ferrée avant l'entracte de ce spectacle décadent : Eve tentée par Adam. Elle s'appelait Marie ; c'est un nom virginal. Un nom de gentille, de grenouille de bénitier.

" — En toute amitié, lui assurai-je, viens donc ici, je te protège. Laisse-moi donc te montrer comme on vit dans ces contrées où la morale n'a point prise. Le bien, le mal, sont concepts, des préchi-préchas ineptes. Aussi la vie n'est-elle pas grise, ni bonne et blanche, mauvaise et noire : elle est un spectre de couleurs qui se savoure avec bonheur. 
Vois ! Vois comme cette femme a l'air vivante ! Devenue veuve à ses vingts ans, elle a pleuré pendant longtemps. Un jour nos routes se sont croisées et mon regard s'est embrasé pour cette femme dont la détresse la tenait comme un chien en laisse. Chaque soir avant minuit, je visitais ma bonne amie. Je la trouvais toute effondrée, la mine grise, le front ombré. Je la mettais sur mes genoux, lui dépiotais des poèmes. Des vers plein de mots doux ; de ceux qu'on lit, de ceux qu'on aime. Rime à rime effeuillées, la prosodie et la métrique ont eût tôt fait de révéler leur triste vacuité. 
L'aride Bovary n'arrive pas à être heureuse. Elle rampe à terre et espère en secret que ses rêves erronés deviennent un jour réalité...
Alors mon amie, émancipée de l'intellect, se détendait tout doucement et appuyait contre ma tête ses douces tempes où je sentais des battements en syncopé, comme une étrange mélopée. Un genre de jazz à contre-temps avec une basse sonore, sur lequel on danse longtemps, au moins jusqu'à l'aurore. 
Vois ! Vois comme elle semble heureuse aujourd'hui. Son oeil est un gouffre ou chavire le réel et son sein de corail n'a rien de maternel. Toujours affamée, à genoux - prédatrice ! -, elle cueille des éphèbes, des enfants, juste comme ça, par pur caprice. Libérée des pruderies et des bêtises de curés, la vie n'est qu'une sauvage orgie pour cette belle délurée. "

Dans l'oeil de Marie, candide effarouchée, je lisais la pudeur, mais je l'avais touchée : si sa bouche choquée récitait des prières afin de conjurer les péchés qu'elle voyait, sa poitrine d'enfant haletait avec fièvre ; à chaque inspiration, sa morale ployait.
Je la pris dans mes bras et d'un regard complice, je lui fis mettre bas les derniers artifices d'une pensée surannée.

" — Pauvre enfant égarée, pétrie de bonnes moeurs, ton émoi trop visible et ton air effaré trahissent le malheur des bigotes risibles. Tu en es, ne nie pas ! Je renifle à cent pas les prudes comme toi. 
Sois tranquille cher ange, je t'apprendrai l'amour, et les jeux et le feu des étreintes éternelles. "

Frissonnante et fiévreuse, tremblante de désir, ma jeune amie s'abandonna à la caresse de ma main sur son sexe et geignit de plaisir. Il fallut lui apprendre à devenir diablesse, à aimer la luxure ainsi que la paresse, à louer le triomphe des verges turgescentes, et se faire l'apôtre des pratiques indécentes. Je l'ai éduquée en claquant sur ses fesses le long fouet du Maître qui inflige la brûlure ; le bâillon, la canne et la laisse, sont devenus les chatoyants bijoux de sa belle parure. 
Ce qui suivit n'est que littérature, de celle qui émoustille...

J'ai croisé une fille au parfum de vanille... 


Marcel Shagi





lundi 10 juin 2013

Je m'appelle Marie




Marcel s'amuse à découvrir des formes fixes. Comme c'est touchant. 
Voici une variation sur la forme du triolet qu'il découvrait il y a peu. A bon entendeur ... 



Je m'appelle Marie


Je m'appelle Marie, c'est un nom virginal ;
Un nom béni de Dieu, de vertu habillé,
Qui protège les coeurs du désir infernal.
Je m'appelle Marie, c'est un nom virginal ;
Soyez clément Seigneur, durant les saturnales,
J'ai péché par la chair et me voici souillée.
Je m'appelle Marie, c'est un nom virginal ;
Un nom béni de Dieu, de vertu habillé.

Soyez clément Seigneur, durant les saturnales,
J'ai péché par la chair et me voici souillée,
Et j'attends mon procès dans votre tribunal.
Soyez clément Seigneur : durant les saturnales,
Un éphèbe a volé mon pucelage anal !
Ô mon Dieu j'ai pleuré quand il m'a rudoyée.
Soyez clément Seigneur, durant les saturnales,
J'ai péché par la chair et me voici souillée.

Un éphèbe a volé mon pucelage anal !
Ô mon Dieu j'ai pleuré quand il m'a rudoyée ;
On eût dit qu'il eût fait une chose banale !
Un éphèbe a volé mon pucelage anal,
Et son vit, nom de Dieu ! membre phénoménal,
Sans faiblir un instant mes entrailles à fouillées.
Un éphèbe a volé mon pucelage anal !
Ô mon Dieu j'ai pleuré quand il m'a rudoyée !

Et son vit, nom de Dieu ! membre phénoménal,
Sans faiblir un instant mes entrailles à fouillées :
J'ai joui plusieurs fois d'un plaisir cardinal.
Et son vit, nom de Dieu ! membre phénoménal,
Je le loue chaque instant car il est le fanal
Pour lequel, pieusement, j'aime à m'agenouiller.
Et son vit, nom de Dieu ! membre phénoménal,
Sans faiblir un instant mes entrailles à fouillées.

Je le loue chaque instant car il est le fanal
Pour lequel, pieusement, j'aime à m'agenouiller :
Idole révélée, renouveau doctrinal.
Je le loue chaque instant car il est le fanal,
L'Apollon malicieux à la fougue vernale
Qui en une fessée m'a bien vite mouillée.
Je le loue chaque instant car il est le fanal
Pour lequel, pieusement, j'aime à m'agenouiller.

L'Apollon malicieux à la fougue vernale
Qui en une fessée m'a bien vite mouillée ;
Sous ses coups je revêt mon costume final,
L'Apollon malicieux à la fougue vernale.
Je m'appelle Marie, c'est un nom virginal ;
Un nom béni de Dieu, de vertu habillé.
L'Apollon malicieux à la fougue vernale
Qui en une fessée m'a bien vite mouillée !

Je m'appelle Marie, c'est un nom virginal ;
Un nom béni de Dieu, de vertu habillé.
Succube jetée hors du confessionnal,
Je m'appelle Marie, c'est un nom virginal.
Le Malin est en moi, et à ses bacchanales,
Jusqu'au petit matin je m'en vais festoyer.
Je m'appelle Marie, c'est un nom virginal,
Gardez-vous bien d'y croire car je suis dévoyée.



Lisa


dimanche 20 mars 2011

Faire du neuf avec du vieux, ou le paradigme des potalas

                                

Il s'agit ici  de 'renouveler' un peu nos vieux dictons et autres proverbes. Anima et Marcel vous proposent une nouvelle forme de sagesse populaire ... 



Qui veut la paix ... 

Qui veut la paix ménage sa monture : préparer son ermitage.

Qui veut la paix justifie les moyens : faire de la propagande pour l'immigration zéro.



Tous les chemins ... 

Tous les chemins mènent loin du coeur : jeunes mariés, soyez réalistes ...

Tous les chemins mènent aux bons amis : il se trouvera toujours un pigeon pour payer la note.


Anima Antris et Marcel Shagi 
Inspiré par et en hommage à l'OuLiPo. 

lundi 31 janvier 2011

Qui de nous deux ...

 


 ... ou l'histoire de la poule et de l'oeuf.





Alors, nous y voilà. Je me dis qu’il faudrait que j’écrive quelque chose, que ça serait bien de fournir un peu les pages de mon cahier. Ma raison a parlé : ce soir, je compose. Cela fait en effet trop longtemps que je ne produit plus rien de bon, voire plus rien du tout. Il faut que cela cesse. D’où ma motivation d’aujourd’hui. Ecrire, voilà l’important. Quelque chose de plaisant. Plutôt léger, mais profond. Une friandise, pour ainsi dire, avec un arrière goût agréable et qui donne à penser. Oh ! rien de trop sérieux. Déjà parce que je ne suis qu’une vulgaire écrivaillone : hormis les mots, leur musique et la manière de les faire valser, je n’ai aucun domaine de compétence ; et je serais bien en peine de disserter sur autre chose que sur la littérature. Et puis aussi, parce que je suis ennuyée par le monde. Les relations sociales, les interactions, tout ça, c’est moche. Quelqu’un finit toujours par vous tromper, vous utiliser pour son intérêt propre, et, à la fin, on est toujours le con de quelqu’un. Mais dans les livres, qu’on les écrive ou qu’on les vive, on n’a jamais ce problème. Enfin, il ne s’agit là que de l’opinion d’une misanthrope apathique. Donc, indiscutable. 

samedi 8 janvier 2011

Paris, ville, lumières.



Paris, ville, lumières.





Paris est grise. La ville Lumière est cernée du halo des mensonges. Portant en elle des siècles d’infamie, des années de complots. Par moment, Paris se fait noire. Paris crache ses poumons dans un concert de voitures bloquées à la Porte d’Italie. Paris est dense, et tout se perd dans une vague humaine. On se hâte dans ses vents violents comme on se hâte dans ses jours chantants (il convient de le noter qu’ils le sont particulièrement quand un musicien entre dans le métro et qu’il commence à jouer « mon amant de saint jean »). Paris va trop vite pour s’apprécier. Pour flâner le long de la Seine, lire dans ses cafés et rêver dans ses parcs. Peut-on aujourd’hui se croire poète maudit en arpentant les rues du quartier latin ? Encore faut-il fermer les yeux devant ce qui se trame sous les arcades, pièges à touristes, qui défigurent la ville. Fermer les yeux, pour ne pas les lever au ciel. Et quel ciel ! On ne guérit pas du ciel de Paris ni de sa mélancolie. C’est une opale aux premières heures du jour, qui se perd dans les rues et se trouble dans les carrefours de la ville. Le ciel pâle, comme un enfant malade, s’assombrit pour l’heure du thé. C’est qu’il s’affranchit des conventions ! Et de la provocation du bleu des cieux ! Le ciel quand le soleil s’en va, se fait le tableau de milles feux ! Et les lumières de Paris, enfin, se lèvent. Les jours de Paris se déclinent en camaïeux de gris mais ses nuits sont blanches.



Adèle Kimbylik


mercredi 2 juin 2010

Chroniques oubliées, chapitre apocryphe premier


La ville s’endormait. Les derniers rayons d’un soleil cancérigène venaient se poser sur Roglared’nam, la ville carrefour, à l’est de Leshrac. Comme tous les soirs, avec les ombres, les rues désemplissaient et ne restaient dehors que les « hiboux », surnom donné aux noctambules par les bonnes gens, vivant le jour, donc, et répondant eux-mêmes au doux sobriquet de « fourmis ». Alors que les fourmis, harassées par une dure journée de labeur (ou pas) se rentraient gentiment dans leurs immondes baraquements, les oiseaux de nuits ne s’éveillaient pleinement que sur les coups de minuit. Petits trafics et transferts de frics, les rues désertées étaient fréquentées par une bien étrange société. Mécréants de tous acabits, criminels forcenés sans le moindre alibi ; c’est de cette faune infâme qu’était extrait le héros de ce drame, l’héroïne même.
Petite sans être naine, velue sans être gnome, raffinée mais sans pour autant pouvoir revendiquer un seul aïeul elfique, elle se mouvait avec agilité dans les rues ténébreuses de cette cité viciée. L’agilité et la hargne dont elle faisait preuve étaient respectées par tous les brigands du quartier. Elle était considérée comme un bon parti par sa communauté d’origine où sa blondeur était fort prisée. Peu pudique, elle ne se vêtait que d’un gilet ouvert sur ses formes naissances qui se laissaient deviner sous son abondante pilosité. Ses poignets étaient, quand à eux, enroulés dans quelques bandes plutôt serrées qui lui donnaient un air de karatékate déterminée. Dans ses yeux en amande, plus sombres que l’encre, brûlait la flamme de la détermination que venaient ambrer les tanins de l’ironie.