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samedi 17 janvier 2015

Sonnet dézingué #4 : Le Colibri



Toujours dans la veine des "sonnets dézingués" (dont la méthode est exposée ici), je vous propose aujourd'hui un texte, fable "à la manière de" La Fontaine, sur le thème de l'engagement et de la solidarité.
En espérant que ça vous plaira ...



Le Colibri


Le colibri, oiseau gracile,
Quand le sous-bois s'est embrasé,
A décidé, lui si fragile,
De préserver son nid boisé.

Tous à la file, au pas de l'oie ; 
Tous déphasés et aux abois ;
Les animaux se sauvent, hagards.

Hors du convoi, le frêle oiseau
Se précipite - il est fébrile - 
Chercher de l'eau près des roseaux,
Chez le vieux Phil, le crocodile.

Le gros reptile, énorme et roi,
Vient lui jaser : "Vire de là !
File minot ! Allez, décarre !"

"Sauve ton cul, petit moineau,
Car la forêt sera rasée !"
Sur le départ, avec son eau,
L'oiseau lui dit, sans le toiser :

"C'est difficile et je me bats.
Laisse passer ! Car moi, tu vois,
Je porte l'eau, je fais ma part !"

Marcel Shagi

jeudi 25 décembre 2014

Le ciel est vierge encor quand se lève l'Aurore


Il y a quelques semaines, donc, je rencontrai mon bon ami Bernard de la ville de P., et nous bûmes un café en profitant jalousement des derniers rayons d'un soleil estival sur le déclin. 
Nous parlâmes de choses et d'autres, mais surtout de littérature, et de poésie. Peu versé dans la versification, je lui offris une anthologie afin qu'il puisse découvrir quelques unes de nos plus belles plumes et les faire discuter entre elles. A titre d'exemple, je lui citai le poncif de "La Belle matineuse" auquel plusieurs grands poètes s'essayèrent. Les trois poèmes que je lui lus semblèrent lui plaire, et je lui lançai donc le défi de renouveler le topos. Quoi de plus formateur que de faire ses armes avec un "à la manière de"?

Après son travail sur ce thème, voici le mien. Il s'agit d'un sonnet, tout ce qu'il y a de plus commun, qui tente humblement de proposer un nouveau dénouement à ce beau poncif. Puisse-t-il vous plaire.
Joyeux Noël. 



Le ciel est vierge encor quand se lève l'Aurore.
Un matin cependant, à l'heure du réveil,
Une nymphe paraît dont l'éclat sans pareil
Fait depuis l'Occident naître le jour encore.

Face à tant de beauté l'horizon se colore ;
Il rosit, il rougit, s'habille de vermeil, 
Et la flore après lui, à ce nouveau Soleil
Offre tous ses bourgeons et ses fleurs à éclore.

Si la nymphe triomphe elle n'est éternelle ;
L'Aurore le sait bien et sa gloire immortelle
Brillera, dans mille ans, d'une flamme profuse.

Alors de ses rayons elle fait un diadème,
Et l'offrant à la nymphe elle en fait une Muse,
Afin que sa splendeur lui survive en poème.

Marcel Shagi


dimanche 16 novembre 2014

Au beau crépuscule


Il y a quelques semaines, je rencontrai mon bon ami Bernard de la ville de P., et nous bûmes un café en profitant jalousement des derniers rayons d'un soleil estival sur le déclin. 
Nous parlâmes de choses et d'autres, mais surtout de littérature, et de poésie. Peu versé dans la versification, je lui offris une anthologie afin qu'il puisse découvrir quelques unes de nos plus belles plumes et les faire discuter entre elles. A titre d'exemple, je lui citai le poncif de "La Belle matineuse" auquel plusieurs grands poètes s'essayèrent. Les trois poèmes que je lui lus semblèrent lui plaire, et je lui lançai donc le défi de renouveler le topos. Quoi de plus formateur que de faire ses armes avec un "à la manière de"?

Voici donc, pour la première fois sur le Sous Espace, la plume de Bernard Saïd, dans une interprétation de La Belle matineuse, en "sonnet triché" - comme il le dit lui-même : une "nouvelle forme poétique pour les fainéants", ses vers n'étant pas tous d'une orthodoxie alexandrique avérée.



Au beau crépuscule

Sculptées dans sa peau salée et brune de l’été,
Ses courbes dorsales défient la ligne de l’horizon.
L’astre de feu retient sa chute, car sur le ponton
Un autre soleil embrasse la mer d’huile, troublée.

Il scintille tant que la Nuit refuse de tomber ;
La déesse avise son fils : « Morphée, attendons ».
Jaloux du jeune soleil, Morphée scande une chanson :
Les yeux clos, un songe glisse sur mon corps éthéré.

Hélas ! Tandis qu’endormi dansent mes désirs
Les dieux se disputent sa chair tendre comme des vampires.
Mais, nul ne peut vaincre pareille beauté par la haine.

Mon héros jaillit nu des vagues rouges et noires ;
Honteuse, même la lune s’éclipse devant la sienne.
Je me rends et m’incline à la lueur du soir.

Bernard Saïd



vendredi 10 octobre 2014

L'homme qui part (2) : Maudit qui comme Ulysse ...


Il y a de cela quelques mois, Lisa m'a lancé un petit défi : écrire une lettre, celle de l'homme qui part. J'ai eu beau essayer à de nombreuses reprises, dans différents formats, je ne suis jamais arrivé à un résultat probant. J'ai abandonné. Enfin, je croyais ... 
En effet, cette thématique a continué à mûrir en moi, et a motivé plusieurs écrits dont voici le premier. L'homme qui part ne sera pas, pour moi, une lettre, mais une série de textes ayant trait au voyage, au départ, ainsi qu'à l'abandon.

L'homme qui part (2) : Maudit qui comme Ulysse ... 

S'élevant du ressac, la douce mélopée
Se prenait dans les voiles et coulait sur le pont
Donnait aux palpitants des rythmes d'épopée
Battements syncopés, chaotiques, fripons 

Piano, allegro, ostinato, forte
Le nuage de chants se mua en orage
Démoniaque ouragan dont le tempo heurté
Réveilla en chacun une ardeur sauvage

A défaut du bateau tous les cœurs chaviraient
Les pauvres matelots tanguaient à chaque note
De cette mélodie dont chacun s'enivrait
– Bientôt sur le vaisseau ne restaient que leurs bottes

Tous mes copains d'abord, viennent de déserter
Passant par dessus bord pour s'unir aux sirènes
Je reste sur le pont, au grand mât ligoté
Tandis que je m'adonne à leur onde inhumaine

Mon radeau de raison, pris dans ce maléfice
A sombré dans la mer, en des bras langoureux
Cœur et voiles dehors, jusqu'au fond des abysses
Où je jette aux flots noirs un regard malheureux

***

Pourquoi ai-je rêvé des amours métissées
Par delà l'horizon où le ciel est béant ?
Je connais bien les Grecs et j'ai lu l'Odyssée
Pourquoi m'a-t-il fallu éprouver l'Océan ?

Je connais bien les Grecs, l’Iliade et ses drames
Et je sais que les Dieux se rient de nos espoirs
Ils attisent en nos cœurs de bien coupables flammes
Et ils aiment à les voir vaciller dans le noir

Car le monde est ténèbres et la vie éphémère
Que peut-il me servir de suivre tous les vents ?
Le rideau tombera bientôt sur ma misère
L'exil est la rançon des voyages ardents

J'ai quitté le confort de ton joli boudoir
Tes lèvres de corail, et ta moue enjôleuse
Pour chasser des chimères et porter l'encensoir
Du présent magnifié par les passions fiévreuses

Mais quand l'Aurore vient à la fin des bacchantes
Mon bonheur est en berne et mon désir est vain
J'ai soif de ta peau claire et de ta voix charmante
Les myrtes de Cythère ne font pas de bons vins.

vendredi 29 août 2014

L'homme qui part (1) : Au bout du monde, j'ai retrouvé mon coeur


Il y a de cela quelques mois, Lisa m'a lancé un petit défi : écrire une lettre, celle de l'homme qui part. J'ai eu beau essayer à de nombreuses reprises, dans différents formats, je ne suis jamais arrivé à un résultat probant. J'ai abandonné. Enfin, je croyais ... 
En effet, cette thématique a continué à mûrir en moi, et a motivé plusieurs écrits dont voici le premier. L'homme qui part ne sera pas, pour moi, une lettre, mais une série de textes ayant trait au voyage, au départ, ainsi qu'à l'abandon.


Au bout du monde, j'ai retrouvé mon coeur.
Il était là, tout palpitant, à bout de souffle au coin de la rue.
Quand il m'a vu, il m'a hurlé :
" Pourquoi donc m'as-tu laissé ?
Pourquoi es-tu parti sans me prendre avec toi ? "

Mon coeur est malade ; il est bien trop faible.
Bien trop grand, c'est une vraie éponge ; j'ai le coeur gros.
Mon coeur est un bateau dont la voile se gonfle au moindre embrun,
Mais il n'a pas la pied marin et craint les roulis de l'eau.
J'ai mal au coeur.

Moi, je suis parti car j'avais soif d'ailleurs.
Soif de vie, soif des autres ; je vais au bout du monde pour trouver du nouveau.
Moi, je suis parti, et je repartirais sur l'heure
Pour fuir les chagrins dont mon coeur et si plein.
Je ne suis pas très courageux.

La mécanique des coeurs est une chose étrange :
Attirés par l'inconnu, bientôt ils se consumment ;
Intense feu de joie, fièvre d'espérance
Qui chancèle et s'éteint sans raison, pour un rien,
Et qui laisse après soi des tas de cendre amère.

***

Au bout du monde, j'ai retrouvé mon coeur.
Je voyageais en clandestin et je dormais sous les étoiles ;
J'étais un anonyme au milieu d'inconnus,
Porté par le courant, ouvert à l'aventure,
Je n'avais pas laissé d'adresse.

Et pourtant, il était là mon coeur, tout pantelant et tout contrit.
C'était la nuit et j'étais seul, je n'avais pas d'échappatoire
Et aucune âme à l'horizon,
Alors j'ai recueilli ce toquant tout groggy ;
Je suis rentré à la maison.

lundi 5 mai 2014

Sous le masque de la déréliction




Sous le masque de la déréliction ...
Ou comment le poète reprend pied dans un gouffre sans fond. 





                        Rebond


  Un feu s’est allumé tout au fond de mon être
Un feu de désespoir qui tend à m’avaler
Flammes froides et bleues qui cherchent à s’envoler
Pour consumer mon ciel et le faire disparaître

  Un feu s’est allumé comme on referme un livre
La lumière du soleil est bien pale à côté
Des éclairs violets dont l’obscène beauté
S’abat droit dans le Gouffre et m’invite à la suivre

  Ce livre qui est clos est celui du désir
Qui s’est éteint tantôt quand la foudre est tombée
La terre s’est fendue quand le ciel a grondé
Dans l’Enfer mis à nu j’ai vu un corps gésir

  J’ai rencontré la Mort et vu dans ses yeux noirs
Empreinte de candeur, une lueur d’espoir

Marcel Shagi

dimanche 20 avril 2014

III





Dans la lignée des poèmes I et II. A bon entendeur ...




Indolent compagnon de la haine ordinaire,
Tu regardes sans voir et passes ton chemin.
Mais les fous sont partout, vois donc ces mercenaires,
Indolent compagnon de la haine ordinaire,
Qui insultent et rabrouent ; s'improvisent tortionnaires
D'un quidam - sans raison ! - ; pourquoi pas toi demain ?
Indolent compagnon de la haine ordinaire,
Tu regardes sans voir et passes ton chemin.

Marcel Shagi

mercredi 5 mars 2014

Sonnet dézingué #3 : Ode au gandin



Vous l'aurez sans doute compris : l'idée du dandysme, cette ascèse sublime qui permet à un homme de se dépasser et de "devenir à soi-même son propre poème", est une idée qui me plaît (quand bien même je m'habille comme un sac : on parle d'une idée, pas d'un dogme).
Voici un hommage à ces êtres pleins de panaches. Ode au gandin ...



Ode au gandin ...

La redingote et le chapeau,
Comme l'amour et les plaisirs,
Etaient l'héraldique drapeau
Des gandins morts pour leurs désirs.

Archétypaux en contre jour,
Il faut saisir dans leurs discours
La parodie et l'artifice.

Car ces atours et ces édits
Ont été vus mal à propos
Comme les lois dans grands dandies ;
Mais pas de pot, c'est du pipeau !

Les oripeaux et le glamour
Viennent ternir le doux velours
Des prosodies ; de leurs prémisses.

Car poésie et comédie,
Ce sont des règles à se choisir ;
Des édifices, des monodies :
C'est là tout l'art de se construire !

Bien dans sa peau, libre toujours,
Il sait séduire avec humour ;
Le beau dandy plein de malice.

Marcel Shagi

mardi 25 février 2014

La note de musique




Petit défi poétique lancé par Nine, sur le thème de la note de musique ...





Dormir, j'en ai rêvé, mais le vache Morphée
Récite des poèmes, il ne voit plus le temps ;
Minaudant au miroir, ménageant ses effets,
Fat et sot, il m'ignore pendant que je l'attends.

Soliloque insomniaque, une note me tanne,
La clé de l'Ut m'habite et tourne dans ma tête ;
Si Morphée ne vient pas, juré ! je me trépanne !
— Dormir ! La note ou ma vie, que l'une s'arrête !


Marcel Shagi 

lundi 20 janvier 2014

Mon Soleil



L'amour se renouvelle sans cesse et nous surprend toujours lorsqu'on s'y attend le moins. La personne pour qui l'on s'enflamme devient un alpha dont on souhaite ardemment devenir l'oméga. Historiette d'un alpha évanoui sans son oméga ... 




J'ai aimé un soleil
Frais comme la nuit
Lorsqu'au point du jour elle sourit
Avant de prendre son congé

Un soleil tout petit, un astre de poche
Que j'aimais à serrer pour me réchauffer
Que je contemplais pour ne plus penser
A ce qui se cache dans les ténèbres

Il suffit que j'y pense pour le retrouver tel qu'il était quand on s'est rencontré
Moi, je dérivais dans le cosmos, sur la queue d'une comète
Et lui, il dansait avec les astres
Une danse oscène : celle des mille et un voiles

Je le vois flotter dans des rubans de feu
Qu'il agite dans les vents marins
Le monde n'est soudain plus qu'un ciel de cristal
Qu'il brise en étoiles à chacun de ses pas

Nimbé de lumière, il se meut sans accroc
Et tous les dieux des païens font partie de la danse
Ils l'encerclent et chantent à plein poumons
Le folklore des divins et de leur toute puissance

Fier et insouciant, mon soleil s'envole
Entrechats, pas de loups ; il marche dans l'air
Et je vois après lui flotter dans l'atmosphère
Des volutes bleutées et des nuages verts

Il domine le monde comme on domine la mer
Il est seul au milieu de ce grand univers
Et les vagues de lait des cieux embrasés
Ne peuvent pas l'atteindre : il glisse à leur surface

Ballet des astres le roi soleil
Qui m'a ravi dès le réveil
Gonfle mon coeur d'un désir tendre
Je n'ai de cesse que de l'attendre

Il descend, il m'arrive, mon cher petit soleil
— « Un peu plus bas, encore un peu, viens me prendre ! »
Mais voilà qu'il se sauve et me laisse glacé
De frisson et d'effroi : il ne s'est pas arrêté.



Marcel Shagi

mercredi 15 janvier 2014

Résistance poétique


L'on m'a souvent demandé à quoi servait la poésie et pourquoi je m'entêtais à écrire des poèmes. Parmi toutes les réponses possibles, en voici une qu'aurait pu donner Hugo : pour ne pas oublier, pour résister au temps, et faire entendre la voix des perdants et des révoltés. "Indignez-vous", disait l'autre ; il aurait tout aussi bien pu dire "devenez poètes".




Evanescente amie qui me point tout soudain,
Tu m'animes et m'enjoues, je suis prêt à écrire ;
Je trempe mon stylet dans tes éclats de rire,
Et assène un poème à grands coups de gourdin.

Le vers est plein de vie quand l'image à du galbe :
Le chaos de la langue est un grand feu de joie
Où dansent les idées, où les mots qui rougeoient,
Contre Histoire et Oubli ravivent le coeur d'Albe.

Voici qu'elle se sauve, évanouie dans l'instant ;
La gloire et les vaincus s'en retournent au néant,
Je me retrouve seul, sans un mot et contrit.

L'Histoire s'est écrite au dépens des perdants ;
Muse ! si tu fuis et me laisse pantelant,
Qui peindra les Curiaces et leur honneur flétri ?

Marcel Shagi

mercredi 25 décembre 2013

II





A bon entendeur, bis repetita ... 




Lassés nous sommes et nous resterons
Tant que ce monde insaisissable
Sera aux mains des insatiables
Pygmalions et fanfarons

Outrés nous sommes et demeurons
Devant les actes exécrables
La rhétorique détestable
De ces images de Néron

Nous sommes lassés et outrés
Mais dans la peur sommes vautrés
Nous sommes tous sous leur tutelle

Il suffirait de presque rien
D'un poing levé un beau matin
Quoi ! pas un seul ne se rebelle ?

Marcel Shagi


samedi 21 décembre 2013

Haïkus des feuilles volantes





Pour le solstice, passage à l'Hiver, voici quelques haïkus pour célébrer l'Automne qui nous laisse ... 




La feuille automnale
Comme amande sous la dent
Craque dans le vent


Dans les bois oranges
Notre dernier baiser
— Un frisson étrange —


Des bancs de l'école
Au dehors apercevoir
La neige qui vole.

Marcel Shagi

mardi 10 décembre 2013

Paris




Provincial(e) vindicatif ? Déçu(e) de la capitale ? Méridional(e) militant(e) ? Quelqu'un vient de nous envoyer un poème intéressant à propos de Paris, ville de l'amour pour une fois décriée. Enjoy ... 



Paris, tumeur vivace fardée de dorures,
Paris, cancer galopant baignant dans sa saumure,
Paris, dont les enfants mendient dans le métro,
Paris, ville moderne et à la fois rétro ;

Paris, tu es un père célibataire,
Marseille est ton pendant féminin à côté de la mer,
Mais tu restes fermé à ses embruns iodés
Et deviens un patriarche aux principes galvaudés.

vendredi 15 novembre 2013

L'être mystérieux



Voici un sonnet inspiré qui m'est hier arrivé dans la toile tissée par le grand Internet. Un certain Lamproie, Vladimir de surcoît, partageait avec moi un poétique émoi. Emoi de mort, dont je tremble encor, et qu'il offre à vos yeux tant il est généreux. Merci pour tes vers, Vladimir ; au plaisir de te re-lire !



 Dans la profonde abysse aux reflets de froideur,
Un être mystérieux attend, l'œil en éveil.
Ses dehors avenants semblent faits de merveilles,
Mais son domaine est vide : on y vient, on s'y meurt. 

 Ténébreux assassin, il attend une erreur,
Un faux-pas, une proie, bien juteuse et vermeille,
Naïve, convaincue de son profond sommeil.
Il n'a pas d'âge ; les temps s'en vont, il demeure.

 Mais le monstre s'ennuie, lui aussi souhaite vivre,
Ressentir, rien qu'un peu, une fois seulement,
Les désirs, le plaisir, la souffrance et l'envie.

 Où est-elle, la proie qui saura le rendre ivre ?
Il oublierait alors, l'espace d'un moment,
Que son essence même est contraire à la vie.

 Vladimir Lamproie



dimanche 10 novembre 2013

Le vers est malaisé




L'écrire. Est-ce un muscle que l'on peut entraîner et bonifier à l'envie ? Ou s'agit-il d'une voix divine qui prendrait tout soudain possession d'un mortel inspiré ? Difficulté poétique ... 




Le vers est malaisé quand on est un novice,
Lorsqu'on n'est rien qu'un bleu venu après les Grands,
Baudelaire et Hugo, et tous ceux de leur rang
Qui ont chanté les Muses et bu à leur calice.

Le vers est malaisé, il est comme un caprice,
Impérieux et fougueux, c'est un joyeux torrent
Qui s'écoule en nos coeurs chaque jour différent,
Et invite à rêver de coupables délices.

Par une nuit sans lune une femme m'a dit
La beauté des poèmes et de la prosodie ;
Déesse recueillie, que l'amour auréole.

Je vous supplie, chers Grands, pour qui les cieux s'allument,
Inspirez mes élans et joignez à ma plume
Vos ailes de géants : apprenez-moi l'envol !


Marcel Shagi


jeudi 24 octobre 2013

Fable qui pue



Proposition de consigne (j'invite d'ailleurs le SES à suivre l'exercice si ça l'éclate) : pasticher les fables de Jean de la Fontaine avec du trivial, y caser "les feuilles d'automne" et avec des alexandrins dont on aura soin parfois de troubler le long fleuve tranquille, avec un déplacement de césure, ou d'élision. Chantez faux !
Joyeuse fête des morts à tous.





  Couché dans un torchon, bercé par le panier
Cœur d’Agathe blanc et souverain fromage
Le camembert en âge colonise, se répand !
Il est hors de lui, parle trop fort et prétend
Par son entêtement séduire l’entourage
Et présider comme roi au firmament laitier

Semble pâle le chèvre, estompé le brebis,
Le camembert luit comme un soleil en croûte
Ses effluves achèvent d'atomiser les vieilles
Mais le nez, ce mirage, ne dupera personne
Le goût à la tétée en est intimidé
Et des feuilles en automne imite la déroute
 
C'est que se manifeste la tendresse d'un cœur
Que lorsque finalement l'on goûte à sa texture
La morale est ici : le vrai n'a pas d'odeur


mercredi 16 octobre 2013

Opinion


L'esprit d'équipe est une belle chose : il pousse chacun à s'accrocher, à donner le meilleur de soi, et à se surpasser. Cependant, comme disait Coluche, le risque est parfois d'avoir "des mecs qui sont une équipe, [et] y z'ont un esprit ; alors ils partagent".
La grand messe des média goulument avalée puis rendue telle-quelle par une foule au regard vitreux, ainsi pourrait-on définir l'opinion. Une équipe, un esprit. Et encore, qui pense mal...



Infâme opinion qui jette l'anathème
     Sur le poète ou le dandy
Qui méprise la verve autant que le génie
     Je chante ici ton requiem

Par cent fois ces aèdes, valeureux prosateurs
     Ont combattu la calomnie
Mais les sots ont toujours colporté l'infamie
     Dressant des doigts accusateurs

«Honni soit-il ! Cet homme n'est pas comme nous
     — Leur haine froide les rassemble —
«Il est faible, il a peur, voyez donc comme il tremble !
     «Cet homme n'est pas comme nous»

Lui, il retient le temps et l'essence des choses
     Il capture la vie en vers
Les couleurs qu'il manie accouchent d'univers
     Ronds comme des nuages roses

Sous des cieux écarlates, il décrit des flots noirs
     Au fond desquels nagent les anges
Ils sont en vacances et de cantiques en louages
     Ils chantent la vie et l'espoir

Et le monde en entier brûle d'un feu violet
     Qu'a allumé le rimailleur
Et chacun dans ses vers peut rêver d'un ailleurs
     Où il serait auréolé

«Je veux être Calife à la place des anges !
     «Et envoyer le paradis
«Comme un ballon, rouler sous les ponts de Paris
     «Pour expurger toute sa fange»

Dit-l'un, les yeux humides et la gorge nouée
     — Il vient de lire un poème —
«Et moi ! j'ai faim de mots comme après le Carême
     «Et veux aux Muses me vouer !»

Ainsi certains (les Happy Few ?) osent rêver
     — Tels les guerriers de Thermopyles
Braves toujours quand ils ne furent plus que mille —
     Et résistent le poing levé

Ce poing est fou et pacifique, il est ouvert
     Ce qu'il brandit, c'est une rose
Un bouquet de couleurs fait de fables et de prose
     Et c'est à toi qu'il l'a offert

Opinion, cette fleur mérite tes soins
     Car sans respect ou sans chaleur
En un jour elle fane et voici qu'elle meurt
     Sous ton regard de bête à foin !



Marcel Shagi