SES

Quelques pages très utiles pour comprendre et naviguer sur ce blog

lundi 30 septembre 2013

Poésie





Poésie ... 




La poésie est un langage millénaire,
Une langue enivrante et semblable à l'alcool ;
C'est l'idiome du coeur et de l'imaginaire,
Un des seuls qu'on ne peut acquérir à l'école.

La formule est pompeuse et pourtant véridique
Car le vers et l'alcool élèvent la pensée,
Mettent à bas les idoles et les Dieux pathétiques :
Par delà la raison ils invitent à danser.

Ces rimes et ces mots arrimés à la plume
Sous les cieux mordorés voguent à mes côtés.
Sortis des encriers ils plongent dans l'écume,
Ce sont de noirs dauphins qui chantent la beauté.

Prends ce livre et ma main et prends garde à l'éveil,
Je m'en vais te guider au pays des merveilles.

Marcel Shagi

vendredi 27 septembre 2013

De longues vancances




Les longs jours ensablés et jaunis de l'été sont restés en arrière. La pluie a lavé le sol de sa patine estivale. Les feuilles sont venues remplacer les coquillages à nos pieds. 



Donc, c'est la rentrée. Et avec elle s'en reviennent les soucis, les emplois du temps, les contraintes, et tout leur lot de petits plaisirs modernes. Cependant, ô joie ! il est une chose que la rentrée apporte dans ses bagages et qui vous plaira bien d'avantage : le retour du Sous Espace !
Nos braves plumes, revigorées par des vacances épiques, s'en reviennent hanter ces recoins de la toile afin de vous offrir, à vous improbable visiteur, le frisson de la prose et des images évanouies.

Bref, on est de retour !

dimanche 30 juin 2013

L'Hiver




Alors qu'enfin l'été arrive, voici quelques vers en l'honneur de l'Hiver, cette coruscante mère envers qui nous sommes trop souvent si ingrats.





L'Hiver


L'Hiver est féminin, c'est une grande dame
Qui se fraye un chemin jusque dans nos foyers ;
Elle y plante le froid sans aucun état d'âme 
Et rit de nos émois à gorge déployée.

Elle y plante le froid sans aucun état d'âme,
Mais son rire est amer et trahit son chagrin.
L'Hiver est féminin, c'est une grande dame,
Une dame esseulée sur son trône d'airain.

Bien loin du soleil et de sa douce caresse,
Elle pénètre nos coeurs en quête de chaleur ;
De sa voix cristalline toujours elle professe, 
Le mouvement vital, condition au bonheur.

De sa voix cristalline toujours elle professe ; 
Elle chante l'envie, attise la passion. 
Bien loin du soleil et de sa douce caresse, 
Contre tout paresse elle enjoint à l'action. 

Antérieure à nos Grecs, Dionysos, Apollon, 
Depuis la nuit des temps elle pose en marâtre :
L'Hiver toujours revient et glace les vallons
Afin que Prométhée allume un feu dans l'âtre.

L'Hiver toujours revient et glace les vallons
Pour ne pas s'alanguir d'un sommeil éternel ;
Antérieure à nos Grecs, Dionysos, Apollon,
Elle pousse l'humain à déployer ses ailes.

L'Hiver est féminin, c'est une grande dame 
Que craignent les dévots tout autant que les rois,
Le teint blanc de sa peau fait frémir corps et âme ;
Qu'importent les couronnes, son baiser laisse roid.

Le teint blanc de sa peau fait frémir corps et âme,
J'ai senti dans ma chair la pulsion et l'envie ; 
L'Hiver est féminin, c'est une grande dame,
Une dame esseulée et qui chante la vie. 


Marcel Shagi

jeudi 20 juin 2013

I




A bon entendeur ... 






I

« Qu'il me soit accordé de lire entre les lignes,
De lire dans les coeurs, de comprendre le monde.
Qui sont les révoltés, toutes ces voix qui grondent ;
Qui sont ces enragés que l'injustice indigne ? 

« Qu’il me soit accordé de déchiffrer les signes,
Les cris d’un people fort, que la colère fonde,
Je veux être la voix qui conduira la fronde
Contre les dominants et l’élite maligne  »

Moi aussi je frémis, je m’indigne et m’outrage,
A la vue de ces maux qui viennent d’un autre âge ;
Je descends dans la rue et prend part au convoi.

Mais ces mots, eux aussi, sont vils et dangereux ;
Car souvent illusoires, ils ne servent rien qu’eux.
Citoyen, prends garde à qui tu offres ta voix. 


Marcel Shagi

lundi 10 juin 2013

Je m'appelle Marie




Marcel s'amuse à découvrir des formes fixes. Comme c'est touchant. 
Voici une variation sur la forme du triolet qu'il découvrait il y a peu. A bon entendeur ... 



Je m'appelle Marie


Je m'appelle Marie, c'est un nom virginal ;
Un nom béni de Dieu, de vertu habillé,
Qui protège les coeurs du désir infernal.
Je m'appelle Marie, c'est un nom virginal ;
Soyez clément Seigneur, durant les saturnales,
J'ai péché par la chair et me voici souillée.
Je m'appelle Marie, c'est un nom virginal ;
Un nom béni de Dieu, de vertu habillé.

Soyez clément Seigneur, durant les saturnales,
J'ai péché par la chair et me voici souillée,
Et j'attends mon procès dans votre tribunal.
Soyez clément Seigneur : durant les saturnales,
Un éphèbe a volé mon pucelage anal !
Ô mon Dieu j'ai pleuré quand il m'a rudoyée.
Soyez clément Seigneur, durant les saturnales,
J'ai péché par la chair et me voici souillée.

Un éphèbe a volé mon pucelage anal !
Ô mon Dieu j'ai pleuré quand il m'a rudoyée ;
On eût dit qu'il eût fait une chose banale !
Un éphèbe a volé mon pucelage anal,
Et son vit, nom de Dieu ! membre phénoménal,
Sans faiblir un instant mes entrailles à fouillées.
Un éphèbe a volé mon pucelage anal !
Ô mon Dieu j'ai pleuré quand il m'a rudoyée !

Et son vit, nom de Dieu ! membre phénoménal,
Sans faiblir un instant mes entrailles à fouillées :
J'ai joui plusieurs fois d'un plaisir cardinal.
Et son vit, nom de Dieu ! membre phénoménal,
Je le loue chaque instant car il est le fanal
Pour lequel, pieusement, j'aime à m'agenouiller.
Et son vit, nom de Dieu ! membre phénoménal,
Sans faiblir un instant mes entrailles à fouillées.

Je le loue chaque instant car il est le fanal
Pour lequel, pieusement, j'aime à m'agenouiller :
Idole révélée, renouveau doctrinal.
Je le loue chaque instant car il est le fanal,
L'Apollon malicieux à la fougue vernale
Qui en une fessée m'a bien vite mouillée.
Je le loue chaque instant car il est le fanal
Pour lequel, pieusement, j'aime à m'agenouiller.

L'Apollon malicieux à la fougue vernale
Qui en une fessée m'a bien vite mouillée ;
Sous ses coups je revêt mon costume final,
L'Apollon malicieux à la fougue vernale.
Je m'appelle Marie, c'est un nom virginal ;
Un nom béni de Dieu, de vertu habillé.
L'Apollon malicieux à la fougue vernale
Qui en une fessée m'a bien vite mouillée !

Je m'appelle Marie, c'est un nom virginal ;
Un nom béni de Dieu, de vertu habillé.
Succube jetée hors du confessionnal,
Je m'appelle Marie, c'est un nom virginal.
Le Malin est en moi, et à ses bacchanales,
Jusqu'au petit matin je m'en vais festoyer.
Je m'appelle Marie, c'est un nom virginal,
Gardez-vous bien d'y croire car je suis dévoyée.



Lisa


vendredi 24 mai 2013

Insomnia ma chérie



Quand Morphée se fait désirer et que la nuit semble infinie, le flot de nos pensées coule dru. Il nous emmène partout, sauf au pays des songes, et nous laisse pantelant, à moitié endormi, sans jamais nous offrir le repos. Chroniques insomniaques ...  



Je n’peux pas dormir ! Je pense trop, j’y pense vraiment trop à vraiment toutes ces petites choses ! Arrêter de penser, respirer profondément. Mais ça continue de pétiller : ça monte et ça descend, ça « blop » comme une bulle, ça « fizz » comme du champagne et ça « bzz » comme la télé couleur lorsqu’on l’éteint, enfin. En fermant les yeux il y a des poissons, des torchons, du savon, par gros paquets. Si l’on essayait de les compter, ils formeraient sûrement une boule dure, juste pour que l'on se trompe. Et ce voisin qui écoute la radio à deux heures du matin... J'entends presque les jingles. Ah ces vieux!
Bon reprenons : des pétards de beu, l’attente d'un message clair, des draps bien froissés... Et ton corps est là, le sexe joliment dessiné par des reliefs ombragés. J’ai besoin d’chauffage et d’un flacon de peinture, pourquoi pas du bleu? Du doré c’est mieux? Tourne ce visage, je veux le peindre, m’abandonner, sur ce vert, comme le rivage. Sur ce rivage, il y a mille ans, les hommes et les femmes dansaient et faisaient l’amour entre les dunes. La joie coulait dans la brise, caressant les corps emmêlés, les mains fiévreuses, les pieds plantés dans le sable, les ventres possédés, et cette vierge qui s’essoufflait...
Le voisin passe enfin la porte… et le bruit a cessé ! Doucement tu me portes loin du lit salé, salé par nos sueurs. J'imagine: une plage caressée de nuages. Elle est vide cette fois, mais c'est toujours la nuit. A l'horizon, des perles de clarté se distinguent dans un étalé plus clair. C’est une petite ville, de l’autre côté. Il fait froid mais c'est si beau. Je n'aurai plus froid si je me mets à compter les grains de sable. Mes visions s’endorment.

Se produit le basculement. Je suis seule dans une pièce et voilà que je plie ta cravate. Je la plie, la déplie, la replie, la pâlis, la salis, la délie, l’embellis. Elle se moque soudain et rit à brèche déployée. D'un air narquois, elle se concentre pour former un beau nœud central- ventral. Mon pied peu marin ne m’aidant donc en rien, je décide de l’écraser de mon pied soyeux. 
— « Un pied peut-il donc briller ?, dit-elle depuis là d’ssous. Je lui donne prestement en plus un ou deux coups.  Salissais-je ? Bougonnais-je ? T’ennuyais-je ? Pourquoi veux-tu m’écraser ? 
— La question n’est point pourquoi mais comment ».
Paf ! Voilà la cravate enfin roulée, foulée, tuée, qui passe par la fenêtre. Je reprends à demi conscience. Me revoilà dans mes questions, démonstrations, calculations. Ce mot n’existe pas ? Qu’on lui coupe la tête. Des équations, des comparaisons, des combinaisons : il faut arrêter. Donne-moi du sable, du sable bleu, du sable blanc. Encore un peu. Encore un peu. Quelques grains… Encore un…


jeudi 16 mai 2013

La graine et le grain de sable



J'ai souvent soupiré après d'urbaines inconnues, croisées ça et là, et jamais abordées. Le drame d'un regard, d'une rencontre, entre deux êtres que tout oppose et qui pourtant se sentent transir dès la première seconde ; voilà un beau topos ! Cent fois chanté, mille fois scandé, il ne laisse pourtant jamais de nous surprendre, et de nous toucher.
A une passante ...



La graine et le grain de sable


Fleur en bouton, je suis une étamine qui se balance
Au bout de ma tige, je m'étire et puis m'élance ;
La brise me porte, m'élève jusqu'aux nues ;
La bise m'emporte et me met à nu.

Flétrie par un vent besogneux,
Je suis trahie par le Zéphyr envieux.
Je volète un instant — dans l'azur je me noie —
Et puis je fonds, tel l'oiseau sur sa proie.

Sur la plage lasse, je crisse et m'encroûte.
Je suis un grain de sable que le ressac écoute.
Je lui conte comment, pendant plus de mil ans,
Ces mères les vagues sont arrivées céans.

J'ai vu toutes les mers,
Et l'écume des orages amers ; 
Par cent fois j'ai aimé la marée
Mais toujours à ma plage suis resté amarré.

— Au secours, au secours ! 
Le temps suspend son cours.
— D'où provient cet appel ?
Il entend la voix frêle.

Là haut, dans les cieux, une dame en détresse ! 
Météore gracieux, filant à toute vitesse ; 
Lueur dans la nuit qui éclaire le marin,
Le phare d'Alexandrie du minéral salin.

Sa chute est guidée par la main des Dieux.
Sa vive complainte est un chant d'adieu ;
Un air émouvant dont les notes coulantes,
Evoquent malgré elles des amours brûlantes.

Jeune pissenlit,
A peine sorti du lit
De ta mère la fleur, 
Voici que tu pleures.

Et tes larmes, qui dans les airs s'envolent,
Sont autant d'astres ; des soleils de diamant,
Qui éclairent tout soudain le conteur hébété.
Il regarde ta chute mais ne peut l'arrêter.

Dans la crique, l'étamine vient de s'abîmer.
Et le sable, dont le coeur s'est soudain animé
A cessé de narrer des légendes à la houle.
— Silence sonore de ses larmes qui coulent —

L'amour est orphelin et vomit la logique,
Tout comme le chagrin, son comparse tragique ; 
Et le grain de sable ne comprend pas
Qu'il a aimé comme on n'aime qu'une fois.

Marcel Shagi

mercredi 8 mai 2013

Balade au bord du soir




Même le soir venu la quiétude se paie cher, il la faut aller chercher dans les recoins et les bulles, dans un monde magique dont le temps est élastique ... 





Balade au bord du soir.


  Des groupes d'anonymes s'attroupent ici et là,
Les moteurs en sourdine jouent le rôle du ressac
Sur ce pont engourdit c'est l'ennui désolé
En dessous en ceci peu de mouvement se crée.

  Là des ombres seulement opèrent un va-et-vient
Des gambettes qui se traînent à la recherche de rien
L'on ne peut donc lutter contre ces nuits maussades
Où l'esprit noir se perd en pensées molles et fades.

  Au détour de coins sombres je trouve l'endroit parfait
Des tables de pénombre sans une bulle allumée
Pas un chat ni un rat ne viendrait divertir
Le vide de cet instant qui s'étire qui s'étire.

mercredi 1 mai 2013

J'attends une femme qui se fait désirer



J'ai découvert récemment une forme fixe intéressante : le triolet. Il s'agit d'un poème en huit vers, en rimes alternées. La particularité du triolet est que les deux premiers vers se répètent à la fin, et que le vers qui introduit le poème se retrouve aussi en troisième position. 
En bref : A B a' A a" b' A B.  




J'attends une femme qui se fait désirer
Elle sait que je l'aime, et se joue de mon coeur
Elle est la sirène qui m'a fait chavirer
J'attends une femme qui se fait désirer
Farouche est la haine qu'elle m'a inspirée
Mon âme est en peine, entre amour et rancoeur
J'attends une femme qui se fait désirer
Elle sait que je l'aime, et se joue de mon coeur

Marcel Shagi

samedi 20 avril 2013

Sonnet dézingué # 2 : Songe





Voici un second sonnet dézingué. 
(Le premier du genre et la méthode du "sonnet dézingué" sont ici) 




Songe


Jour. Dans un paradis je nage ;
Endolori mon corps s'éveille.
C'est le matin, fin du voyage
Mon rêve a fui face au soleil.

Autre page et autre aporie ; 
Le jour vermeil, sans coloris
A révélé ce qui me ronge.

Jouir ! Un fantasme incontrôlé !
— La tempête des corps en nage —
Que déchaîne ta peau perlée,
Sans partage ni plus d'ambages.

Un nuage ... je bois et ris ; 
Une bouteille d'alcool gris, 
Ombre voilée en qui je plonge.

Nuit. Sous une chape étoilée,
Je m'abîme dans le sommeil.
Le Mensonge vient me parler : 
"Rêve !", me dit-il à l'oreille.

Libertinage et pilori,
C'est la merveille et l'euphorie,
Le refoulé vécu en songe. 


Marcel Shagi

mercredi 10 avril 2013

Vivre un film et regarder sa vie ?






Lorsque vous allez au cinéma, à quoi pensez-vous ? Quelle image de vous, de votre vie, vous renvoie le film ? Et si le film était le nouvel opium du peuple, un mode de vie par procuration ?



A de rares exceptions près, le film n’est qu’une modalité magnifiée de la vie de tous les jours. Mais, parce qu'il est accentué et dramatisé, notre quotidien nous est donné à voir de manière distancée. Car c'est bien toujours le quotidien qui nous est donné en pâture sur l'écran, la toile tendue dans le noir et qui brille avec obscénité pour nos yeux ébaubis. Il est toujours question d'un choix, forcément cornélien ; d'amour, bien souvent contrarié ; d'héroïsme, surtout celui qu'on attendait pas ; et toutes sortes de parcours initiatiques, de ceux qui vous forgent une légende. Une bête mythique qui se nourrit de routine et d’elle-même : voilà le cinéma - invariablement ! 

lundi 1 avril 2013

(Faux) Sonnet dézingué en -us



Sonnet dézingué traduit du fangique ancien par l'un de nos aimables lecteurs. En espérant que cela vous plaise et vous titille...

Pour le premier avril ... 





Exquis don des Archanges disputé par Vénus,
Joyau dont le chorus psalmodie les louanges,
Convoité par Crésus, rêvé par Michel-Ange,
Retentissant losange, il sonne l'Angélus.

Fréquemment l'on dérange ce beau Stradivarius.
Déjouant le blocus, s'immiscent des corps étranges ;
Troublée dans son cursus, la timide mésange
Soudain tire l'alfange contre l'olibrius.

Sous l'assaut du prépuce, cependant, l'on s'arrange.
Dans la joyeuse vendange, le Portique du Lotus
Où les fluides se mélangent retrouve son tonus.

A force de vidanges se forge un habitus.
Qu'importe ce qu'il mange pourvu que l'on le suce,
Le délicat hiatus pratique le libre-échange :

Gonanges et fongus succèdent aux cactus
Jusqu'aux sinus s'engrangent de corrosives oranges ;
Quelques foetus en langes surnagent dans la fange.

Voyez ce tumulus, marque des temps qui changent,
Monceau de détritus entassés à la frange
De ses macrosporanges frôlant le prolapsus !

Lorsque trop fort démange ce duveteux cirrus
On y glisse une phalange et esquisse un rictus
Sous une chevelure d'ange — c'est l'anus de Charlus.


Anonyme

mardi 26 mars 2013

"Sonnet dézingué" #1 : Le départ


Je m'essaie en ce moment à une nouvelle forme poétique, dérivée d'un sonnet. Le principe, est de prendre les ( 14 x 12 = 168 ) syllabes qui composent un sonnet pour en faire vingt-et-un octosyllabes ( 21 x 8 = 168 ). 
J'essaie, en sus, de conserver la structure rimique du sonnet (abba abba ccd eed) dans les octosyllabes, comme si, lisant un sonnet, j'opérais un retour à la ligne toutes les huit syllabes. Ainsi donc, la rime en 'a' du premier alexandrin de mon hypothétique sonnet se retrouvera à la césure du second octosyllabe de mon sonnet dézingué. La rime en 'b' du second alexandrin se trouvera, elle, à la fin de mon troisième octosyllabe. Et ainsi de suite.
Voici ce que cela peut donner ... 



Le départ


Prends le train, tes jambes à ton cou.
Fuis donc ces parents qui t'entraînent !
— le cri des enfants sous le coup
Des traditions et de leurs chaînes.

Car à tous coups, ces effarants
Capitaines sont les garants
De ces amarres qui te ceignent.

Enfant errant, ce cauchemar
- Ta liberté -, il a un coût :
Sacrifie un coeur trop couard ;
Et d'un seul coup crie ton dégoût !

Car à tous coups, ces effarants
Capitaines sont les garants
De ces amarres qui te ceignent.

Va, fuis et quitte ces roublards !
Loin des crevards et de leur peine ;
Ton coeur saigne ! Maintenant pars
Vers une liberté obscène.

Car plus que tout ces effrayants
Porte-haine - fous délirants -
C'est ton départ loin d'eux qu'ils craignent.


Marcel Shagi

mercredi 20 mars 2013

[ PLAY ]



Une nouvelle poignante sur le jeu/je a atterrit dans ma boite mail il y une semaine. C'est un grand plaisir que de la publier ici, avec l'aimable accord de la plume qui l'a commise. En espérant que cela vous plaise et vous titille ... 

Marcel



[ PLAY ]

velveteen@writeyourlife.com a écrit :
« T'embrasser à nouveau, ce sera comme accrocher un regard dans la foule. Ce sera étrange, et envoûtant. Un visage parmi des milliers d'autres, et ce sera le tien. Je me perds dans les détails, je veux goûter autre chose que la saveur de tes mots, je veux être plus que cette petite pute que tu sautes dans un hôtel comme si chaque fois était la dernière. Je n'ai pas le droit de te le dire, alors je te l'écris. Peut-être que ça rend les choses plus simples pour toi, mais tu n'as pas le droit de le vivre ainsi : je te l'interdis. Je t'interdis ta femme, ta vie, je t'interdis de me regarder droit dans les yeux en pensant à mes jambes ouvertes, de rentrer chez toi le soir pour retrouver une femme que tu n'aimes plus, de vivre par procuration à travers moi, je t'interdis de m'offrir de la lingerie parce que tu ne penses qu'à toi. Je t'interdis d'être toi. Je veux que tu sois à moi. Je veux que tu sois moi.
Je ne veux plus t'avoir derrière une vitre. Au-delà de l'écran, il n'y a rien sauf la tristesse ; et je ne souhaite pas te retrouver là. Je souhaiterai qu'enfin l'avenir se dédouble et qu'il n'y ait que nous au milieu, dans l'intervalle entre les mondes, seuls, rien qu'à nous. Tu vois, ce que je veux c'est que le mystère devienne plus grand que nous. On a tellement de chemin à parcourir. »

En pièce jointe, elle avait ajouté deux photos explicites : un baiser au rouge à lèvres pulpeux à souhait (#1.jpeg) ; un fuck énorme taggé sur un mur indéterminé (#2.jpeg).

vendredi 15 mars 2013

La porte claque


Bien le bonjour ! 
Je me présente : Lisa. Ravie de vous rencontrer. 
Plantons le décor : pour moi l'écriture est un jeu, et un jeu de séduction.
Ceci un texte pour vous introduire à mon univers. La porte claque. Il me voit comme cela, cet homme que j'ai enfermé. Lui, je le vois comme ceci ...




La porte claque. Je suis dedans, je suis tout seul, elle a claqué.
Tu es dehors, tu es partie, et je demeure. Avec ton odeur sur la peau, avec mon corps encore tout chaud, je suis resté comme hébété quand cette porte a fermé.
La porte claque. Et c’est mon univers qui tangue. Enivré, je titube en avant. J’espère tomber. Tomber en amour, pour que tu me rattrapes. Mais cette maudite planche à gonds a claqué, et je demeure.
Dehors, il fait jour. Dehors, il fait beau. Dehors, il se vit des choses. Dehors …
Mais dehors, c’est déjà trop loin. La seule issue à mon univers clos vient de se refermer. Tu as coupé mon ombilic, ce qui me rattachait au monde nourricier des songes.
La porte est fermée. Muette, silencieuse, presque sentencieuse. Elle filtre la lumière, elle filtre la musique, elle filtre l’univers et ne m’en laisse que les miettes. Vagues vocales à la dérive. Raies striées autant que criardes. Elles se faufilent sous le seuil. Appauvries, elles passent quand même, ces couleurs ! Je me penche, m’agenouille, et plaque mon visage au sol. J’espère saisir ton image. Je sais, je sens : tu n’as jamais voulu partir. C’est que le Destin t’a joué un tour ! Derrière la porte, toi aussi, tu demeures. Tu es là. Je le sais, je le sens. Alors, je regarde de toutes mes forces. Sous la porte, des ombres, des formes. Les tiennes ?
La porte a claqué, je suis à terre. Tu as emporté la lumière en partant. Il ne reste que les ténèbres. Cette maison se mue en antre, en grotte, en tertre. Cependant, je demeure, le nez écrasé sur mon lino, sans changer, sans broncher, sans pleurer. Je reste, là, à observer sous la porte, l’ombre du monde. Je cherche ta trace.
Et puis, c’est trop. Trop long, trop dur. Je ne te vois pas. Je ne t’entends plus. Je me relève, et titube dans la chambre. Les draps sont encore tièdes de toi. Je replonge dans l’océan de nos ébats. Sous les draps, je peux te rejoindre. Ton odeur, mes souvenirs…
Depuis que la porte a claqué, un temps a passé. Je reste, sur le lit, à penser. Je pense à toi. Il ne saurait en être autrement. Pantelant, je songe. Ta main qui me caresse. Nos regards qui se croisent. Les jeux qui étaient les nôtres. Cette complicité qui me manque.
Et puis, elle claque, encore. La porte a claqué, te voilà rentrée. Je bondis hors du lit. Tu es là, c’est bien toi. Toi qui m’avait abandonné. Toi qui m’avait laissé. Tu es là. Tu es revenue. Avec amour, je te rejoins. Avec tendresse, tu me tends la main. Dans tes yeux, je lis que tu es désolée. Alors moi, je te pardonne. Encore.
La porte a claqué. Tu m’es revenue. Tu me prends dans tes bras, tu me caresses la nuque. Je ferme les yeux, je frissonne de plaisir. Tu m’es revenue, plus rien d’autre ne compte.
Je voudrais te dire à quel point tu m’as manqué. A quel point je suis triste quand tu me laisses. Les mots ne viennent pas. Et s’ils venaient, je ne pourrais pas les dire. Je suis tel Cassandre : quand je m’exprime, tu ne comprends pas. C’est que je suis un poète : mes mots pompeux glissent sur l’éclat de tes cheveux. Mes métaphores se noient dans tes yeux. Quand je chante mon adoration pour toi, tu n’entends qu’un vague jappement, et me souris.
La porte a claqué, mais je ne t’en veux pas. Tu es partie, mais tu es encore là. Même si tu ne m’entends pas, je sais que tu m’aimes. Là est l’essentiel.


Lisa