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Quelques pages très utiles pour comprendre et naviguer sur ce blog

dimanche 20 mars 2011

Faire du neuf avec du vieux, ou le paradigme des potalas

                                

Il s'agit ici  de 'renouveler' un peu nos vieux dictons et autres proverbes. Anima et Marcel vous proposent une nouvelle forme de sagesse populaire ... 



Qui veut la paix ... 

Qui veut la paix ménage sa monture : préparer son ermitage.

Qui veut la paix justifie les moyens : faire de la propagande pour l'immigration zéro.



Tous les chemins ... 

Tous les chemins mènent loin du coeur : jeunes mariés, soyez réalistes ...

Tous les chemins mènent aux bons amis : il se trouvera toujours un pigeon pour payer la note.


Anima Antris et Marcel Shagi 
Inspiré par et en hommage à l'OuLiPo. 

vendredi 4 mars 2011

Sous le masque de l'abandonné ...


 Qui n'a pas connu une déception amoureuse ? Un chagrin terrible ? Voici un petit texte, simple et sans prétention, qui traite de ces moments compliqués. Bris de coeur ... 




Un pont. De nuit. Partout, de l’eau. Dans l’air. Elle tombe. Il pleut. Quelques lampadaires fatigués diffusent une lueur cireuse qui filtre difficilement au travers le rideau de pluie. Le bruit de mes pas dans l’eau. La sensation de moisi due à mes chaussettes trempées. J’avance. Je ne sais pas pourquoi. Pourquoi je suis là. Pourquoi j’avance. Et pourtant, je ne suis pas surpris. Le fleuve d’encre qui coule en contre bas chante les gouttes qui le martèlent. Symphonie aqueuse.

lundi 14 février 2011

Comment exécute t-on une Tâche ?




Elle ne distingua rien sur ses pieds. C'est curieux, elle aurait juré avoir aperçu quelque chose. Mais quoi ? Non, vraiment, rien. Il n'y a rien dessous non-plus. Tant pis, sans doute un trouble visuel. Quelque chose d'insignifiant et mobile qui avait dû trouver son pied assez beau pour oser y traîner son corps dégoûtant. A cette idée, elle le glissa précipitamment sous le drap qui recouvrait ses mollets puis regarda autour d'elle. L'endroit proprement inondé de soleil était chaud et dense. La poussière s'allumait sur les coussins, et les tissus enveloppaient la jeune dame tant et si bien qu'elle ne put se résoudre à s'en extraire. Il lui semblait entendre de la musique, mais elle ne savait dire d'où cette dernière semblait provenir. Qu'avait-elle fait la veille ? Seulement lu un peu, puis rompue de fatigue elle s'était endormie sur son canapé, toute habillée. Pourquoi demeurait-elle toute nue ici dans ce cas ? Elle promena quelques sa main sur son corps et sur ses hanches volumineuses. Rien n'avait changé. Elle sursauta.

Quelque chose avait frémi sur sa gauche. Elle scruta le mur, et s'apprêtait à s'en détourner quand elle la vit. Elle avait quitté son pied pour se coller au mur, la garce. La jeune femme tapa mollement le mur avec son petit poing, mais la Tâche avait fui. Les couvertures happèrent de nouveau la femme qui se laissa tranquillement aller à cette jouissance passive. A peine avait-elle fermé les paupières que le sommeil l'embarquait de nouveau. Enfin seule.

jeudi 3 février 2011

Fièvre d'un après-midi brumeux




A chacun sa première fois : baptême de mon inspiration "prosatrice" (le dictionnaire n'ayant pas su satisfaire mon intime besoin d'adjectif, j'ai unilatéralement décidé d'en inventer un, car j'aime les mots qui correspondent à ce que je veux dire...), en espérant que cela vous "parlera".


Ma robe était pourpre et d’une légèreté indécente. Pourtant, elle me couvrait si bien qu’il me semblait être dans une chrysalide. Le tissu d’une incroyable douceur ne masquait pas l’odeur de fleur d’oranger que diffusait ma peau. Je me sentais enfouie dans un bain de coton parfumé, le soleil caressant mon visage débarrassé de tout affublement mondain.
Aux alentours, des montagnes aux vallons d’une verdure fluorescente. Non loin, une rivière paisible après une longue nuit orageuse, seul son bleu tirant sur le vert laissant deviner les foudres qui s’étaient abattues sur le monde. Quelques oiseaux osaient se prêter à leurs vocalises. Et cependant, le silence régnait, mutisme d’un macrocosme dont la sérénade ne peut enrayer le drame.
La tranquillité et l’insouciance étaient trop profondes. Ma peau restait glacée. Un insidieux fluide coulait dans mes artères cherchant ce cœur dont il embraserait l’angoisse. Né de mes entrailles, il se ramifiait, et, déjà, il atteignait mes membres, pris de tremblements incontrôlables. Il n’eut aucun mal à remonter le long de ma cage thoracique pour se loger dans la sacrosainte chapelle. C’est alors que je sus. Je voulus réprimer ce cri ardent qui me déchirait le crâne, qui me répétait l’évidence, tel une litanie. Je me rendis compte que de ma main coulait un liquide chaud ; je m’étais écroulée sur les graviers du chemin. J’avais perdu toute notion du temps, de l’espace. Tout ce que je savais m’était martelé d’une voix cinglante et stridente.
Puis, le vide… plus de montagne, plus de rivière, ni de litanie… seulement lui, au milieu des orchidées. Mes jambes voulaient s’élancer mais je sentais déjà la peau glacée de ce corps. Il restait beau malgré les nombreuses entailles et les hématomes. Son visage avait été protégé par mes bras lors de l’impact. Il était couché sur un tapis d’un rouge malsain mais attirant, vous rappelant l’impérieuse faiblesse du flux vital. Le cri revint, une fois… il est mort.
C’est alors que je me réveillais.
Mais ça ne changeait rien.

Anima Antris

lundi 31 janvier 2011

Qui de nous deux ...

 


 ... ou l'histoire de la poule et de l'oeuf.





Alors, nous y voilà. Je me dis qu’il faudrait que j’écrive quelque chose, que ça serait bien de fournir un peu les pages de mon cahier. Ma raison a parlé : ce soir, je compose. Cela fait en effet trop longtemps que je ne produit plus rien de bon, voire plus rien du tout. Il faut que cela cesse. D’où ma motivation d’aujourd’hui. Ecrire, voilà l’important. Quelque chose de plaisant. Plutôt léger, mais profond. Une friandise, pour ainsi dire, avec un arrière goût agréable et qui donne à penser. Oh ! rien de trop sérieux. Déjà parce que je ne suis qu’une vulgaire écrivaillone : hormis les mots, leur musique et la manière de les faire valser, je n’ai aucun domaine de compétence ; et je serais bien en peine de disserter sur autre chose que sur la littérature. Et puis aussi, parce que je suis ennuyée par le monde. Les relations sociales, les interactions, tout ça, c’est moche. Quelqu’un finit toujours par vous tromper, vous utiliser pour son intérêt propre, et, à la fin, on est toujours le con de quelqu’un. Mais dans les livres, qu’on les écrive ou qu’on les vive, on n’a jamais ce problème. Enfin, il ne s’agit là que de l’opinion d’une misanthrope apathique. Donc, indiscutable. 

lundi 24 janvier 2011

Rêve de liberté, un rêve libertin ?

La nuit ne lui suffisait plus. Plus, elle voulait plus. Il fallait, plus. Sans cesse, elle ruminait son désir et sa frustration. La nuit ne suffisait plus. Elle se sentait prisonnière, enfermée dans son époque et dans son corps. Un «esprit pervers» —comme aurait dit son confesseur, s’il avait su- dans un corps désespérément trop sain. Un monde par deux fois trop bien pensant, et trop frileux. Et, coincée entre sa famille et une morale dont elle avait bien du mal à se déprendre, une Envie majuscule d’être prise, comme ça, au dépourvu, par le grand chariot d’un destin caracolant sans but vers l’horizon doré, mais en mouvement, lui au moins. Le royaume de Morphée s’étiolait autour d’elle ; la nuit ne suffisait plus. Face à sa terrible soif de vie, la magie des songes capitulait au gré de ses pulsions.

jeudi 20 janvier 2011

Le long du clavier











Irrespectueuse vanité
Lente agonie sans effets
Unique lagune de sel
Éclair de lune l’ensorcelle
Que faire de cette reine d’opale ?
Roulements de tambours tels un râle
Fifre chante comme l’oiseau
Gorge ouverte sur les caniveaux
Humble sujet de ce roi
Nonne d'argent de ce choix

Anima Antris

samedi 8 janvier 2011

Paris, ville, lumières.



Paris, ville, lumières.





Paris est grise. La ville Lumière est cernée du halo des mensonges. Portant en elle des siècles d’infamie, des années de complots. Par moment, Paris se fait noire. Paris crache ses poumons dans un concert de voitures bloquées à la Porte d’Italie. Paris est dense, et tout se perd dans une vague humaine. On se hâte dans ses vents violents comme on se hâte dans ses jours chantants (il convient de le noter qu’ils le sont particulièrement quand un musicien entre dans le métro et qu’il commence à jouer « mon amant de saint jean »). Paris va trop vite pour s’apprécier. Pour flâner le long de la Seine, lire dans ses cafés et rêver dans ses parcs. Peut-on aujourd’hui se croire poète maudit en arpentant les rues du quartier latin ? Encore faut-il fermer les yeux devant ce qui se trame sous les arcades, pièges à touristes, qui défigurent la ville. Fermer les yeux, pour ne pas les lever au ciel. Et quel ciel ! On ne guérit pas du ciel de Paris ni de sa mélancolie. C’est une opale aux premières heures du jour, qui se perd dans les rues et se trouble dans les carrefours de la ville. Le ciel pâle, comme un enfant malade, s’assombrit pour l’heure du thé. C’est qu’il s’affranchit des conventions ! Et de la provocation du bleu des cieux ! Le ciel quand le soleil s’en va, se fait le tableau de milles feux ! Et les lumières de Paris, enfin, se lèvent. Les jours de Paris se déclinent en camaïeux de gris mais ses nuits sont blanches.



Adèle Kimbylik


mardi 4 janvier 2011

La Descente

La ville se lave aux eaux de pluies, les rues glissent et me roulent dans le temps. Je descends.
Les passants baissent les yeux sous les larmes du ciel, et marchent comme des parisiens. Pressés, affairés, évitant à tout prix les autres. Ils semblent porter les nuages sur leurs têtes, et blessés par ce fardeau, cherchent à tout prix à se dégager de là. C’est plus fort qu’eux. Le son est celui des travaux, de la solitude, des voitures. Les commerçants sont derrière les vitres et scrutent les passants, espérant que l’un deux s’arrête et brise le monotone de sa journée, et lorsque les vitres reculent pour le laisser passer, le vent se retire un instant de la rue et s’engouffre dans la boutique, comme heureux. L’effervescence des fêtes est sans doute retombée, et la vie reprend son cours, douloureux, grinçant. Je ne peux m’empêcher de sourire à ce mendiant qui est assis à côté de l’église, les mains jointes. Je ne donne jamais rien aux mendiants.

samedi 25 décembre 2010

Humeur déversée





(C'est une exclusivité noëlistique. Il s'agit de vers. Oui vous avez bien entendu. Des vers, avec des rimes toussa. C'est dingue, je trouve. M'enfin, procédons.)



C’est un plein paysage comme en font les gitans
Les écorces des buis sont des violons qui pensent
L’automne et ses feuillages ont de fous pas de danse
Et le soleil rejoint son tombeau éclatant

Une si jeune fille aux ­allures frivoles
Vole puis s’envole et, jouissant de si beaux airs
- Que son teint blanc illustre de belle manière -
Taquine tout le temps sa jeunesse en paroles

Mais l’enfant ignorait qu'elle ne l'était plus
Sa conscience naquit, insidieuse et muette
Suivant les durs chemins, et perdant toute fête
Elle laissa mourir ses rêves décousus

Elenor

Bob, un jeune homme simple.

 Chers amis, lecteurs, âmes en peine, ou visiteurs égarés de la toile (les catégories ne sont pas exclusives les unes des autres), je vous souhaite un Joyeux Noël. 
Moi non plus je ne dérogerai pas à la tradition qui veut que l'on fasse un petit quelque chose pour Noël (et je laisse à Flightless le soin de disserter sur le caractère utile —ou non- et opportun d'une telle coutume). Voici donc mon modeste présent : un petit texte, dans le genre incipit, qui raconte la vie de Bob. 
En espérant que cela vous plaira et que l'on pourra y donner une suite ... 
  

- Bob ? Booob ? Où es-tu Bob ?

Anna cherchait son frère. Ni dans la cuisine, ni dans le salon ; pas de traces de lui dans sa chambre non plus. Pourtant Bob n’était pas du genre à passer inaperçu : un mètre quatre-vingt-sept de mâle bêtise ; une voix rauque à force d’être basse et qui faisait porter le moindre de ses chuchotements à dix mètres ; des converses «48 fillette», comme il aimait à le dire lui-même ; et une serpillère de cheveux d’ébène dont les folles boucles ne parvenaient pas à ternir l’azur de ses yeux opalins.
La jeune fille rongeait son frein. De deux ans son aînée, et manifestement résolue à rater son permis, Anna était tributaire de son frère pour se déplacer. Bob avait promis de la déposer en ville cet après-midi. Mais à quatorze heures trente, il n’était toujours pas là. Furieuse, elle sortit de l’appartement. La cigarette, la meilleure alliée des attentes indésirables, des temps morts à occuper. Arrivée sur le perron de l’immeuble, elle le vit. Il courrait à en perdre haleine dans sa direction. Au moins le placide jeune homme était-il conscient de son retard. Frustration fugace, bien vite éclipsée par la course du temps, Anna ne put même pas profiter de sa nicotine. A peine eut-il atteint le parking que le frère les fit rentrer dans sa vieille guimbarde avant de démarrer en trombe, direction le centre-ville.

jeudi 23 décembre 2010

On peut bien risquer d'y laisser sa plume




Chers lecteurs, bonsoir (ça fait bien longtemps qu’on ne vous avait pas choyés ainsi, hein ? Comme je vous comprends) !

Aujourd’hui est un grand jour (d'ailleurs, les jours rallongent. C'est tellement bien qu'il fallait qu'on partage ça, vous et moi. M'en voulez pas.) Vous en doutiez ? Vous pensiez qu’il serait minable comme les autres ? Que votre vie poursuivrait lentement le cours normal des choses, dans la morosité de chaque geste, sempiternellement insipide et rarement éclairée par le vif éclat du Sous-espace Sale (et du bidet de votre tante maniaque au fin fond de St Agrieuset sur Côte d’Estampe), embellissant votre visite chez notre bon vieux Mozilla à chaque fois que vous vous coulez dans ses recoins par pur ennui, parce que la simple idée de sortir a écorché votre âme d’intellectuel torturé, points d’interrogation ? Eeeh, oui, le sous-espace est un lieu de vie convivial qui accueille les âmes égarées sur la toile, comme il m’a recueillie moi, alors que je me battais fougueusement avec mes petits poings contre la réalité de la vie (en y ajoutant le bon lot de désillusions grotesques qu’elle apporte), et surtout contre mon blog, qui me fait des crises de jalousies insensées, et des scènes dites de « page blanche » tragiques. Il fallait que nous nous laissions respirer…

vendredi 17 décembre 2010

Triptyque, la réponse



Ainsi vient la réponse : le gouffre n'est pas le principe mais bien la fin. C'est en lui que s'abîment nos êtres et notre humanité lorsque ne subsistent plus en nous que le feu du désir et l'impérieux besoin de l'assouvir.



--- Lumière ---
Beauté blanche, virginale et sans fard ;
Eclats de sourires.
Il fond à la clarté de son regard,
Force du désir.

--- Transe ---
C’est l’heure de la transe.
Pour lui se brouillent ses sens.
Bien qu’aveugle dans sa démence,
De son être, elle perçoit l’essence.

--- Gouffre ---
Le gouffre sans fond dans lequel tu sombres,
Aspire ta vie, ravit ma conscience.
Un choc, un éclair, et tout n’est plus qu’ombre,
Ce rêve éveillé a trompé nos sens.

Marcel Shagi

vendredi 10 décembre 2010

Ainsi parlait De la Croix ...

Chuchotement indistinct, brouhaha incertain, dans les ténèbres on papote, on échange, on attend. Noir … Puis soudain, la lumière, zénithale. Elle pleut des projecteurs et rougeoie sur le rideau. Le brouillard bavard se lève et laisse place à un profond silence, un silence de mort, pour ainsi dire. Trois coups sont frappés, c’est le signal, la pièce peut commencer. Froufroutements du velours volant, il découvre dans sa fuite un bel intérieur, appartement haussmannien, très cossu. Quelques figurants, boniches, sages-femmes, parents, médecins et un personnage principal, Angèle. Celle-ci vient de naître. La liesse est sur tous les visages, la mise au monde s’est bien déroulée, il n’y a pas eu de complications. Le Baron De La Croix et sa femme sont heureux. Quelques répliques, de grands sourires, les acteurs enfilent leurs rôles comme des gants, ils leur vont à ravir.

Le Baron est un parvenu. Tout gentilhomme qu’il est, il n’a aucun talent, aucun mérite. Son plus grand acte de bravoure a été de se décrocher la mâchoire lors de sa naissance afin de pouvoir accueillir dans sa cavité buccale l’imposante cuiller en or massif que lui tendaient ses parents. Il naquit en 1865, héritier unique d’une grande et longue lignée de bourgeois. A vingt ans, son père, à la tête d’un véritable empire financier, décida qu’il était temps de le marier. Et quel meilleur parti qu’une bonne famille de la haute aristocratie française, elle-même sur le déclin depuis 1789 et plus que jamais en ces temps troubles de ministères opportunistes et ouvertement anticléricaux ? Les noces, pompeuses plus que somptueuses, furent célébrées en l’an de grâce 1885, alors que s’achevait la vague de réformes de l’école de la République. C’est ce jour là que le Baron acquit son titre, en épousant la sémillante Baronne De la Croix. Inodore, incolore, imberbe et flasque, le Baron était un gentil. Il se contentait de suivre, de loin, la manière dont ses conseillers géraient sa fortune et vivait de ses rentes, dans le plus simple luxe qui soit. C’est qu’avec le temps, sa cuiller avait accouché de tout un service de table, et du set de rechange encore ! Et dire que les radicaux, comme les communards avant eux, souhaitaient instaurer un impôt sur le revenu ! La perte des valeurs, soupirait-il parfois, sans jamais oser élever la voix de peur qu’on ne l’entende. Etre sans saveur, il n’était pas incommodant mais quelque peu bêta, il s’émerveillait facilement. C’est grâce à cela que lui et sa baronne de femme purent vivre en parfaite harmonie, s’aimant presque, mais pas entièrement –il ne fallait pas être inconvenant, les sentiments, c’est pour les pauvres.

vendredi 3 décembre 2010

Vieillerie




J'aimerais te raconter ma journée d'aujourd'hui.

Je me suis réveillée d'un vendredi soir sans fête. Il faisait un temps maussade. Quelques gouttes de pluie. Une température trop chaude pour être vivifiante, trop froide pour être agréable. Aucune activité à l'horizon, encore. Cette journée ne laissait présager qu'un samedi ennuyeux.
Alors on a roulé, roulé, ne sachant où on allait. Peu à peu le soleil fit son apparition, la nature, le ciel, un vrai paysage d'automne. On s'est d'abord arrêtés à un jardin , déjà heureux de trouver un petit coin sauvage. Après dix minutes de ballade nous voulûmes aller plus loin: cette virée nous réservait peut-être d'autres surprises.
On s'est perdus, on a traversé des villages vignobles, agricoles, déjà enchantés par leur charme pittoresque. Et puis, il fut 17H. A 17h, le 7 novembre 2009, on a pris la direction d'un village, le village "Campagne", juste à cause de son nom. Et sur le chemin les quelques rayons de soleil fades se gorgèrent doucement de leur nectar, comme si les dieux arrosaient le paysage d'or et de miel. Tout était transcendé: les couleurs d'automne prenaient enfin leur pleine dimension, leur pleine Beauté. Là, un chemin de cailloux montait sur la colline, elle surplombait les kilomètres que nous venions de parcourir. On descend en toute hâte de la voiture une fois arrivés au sommet pour se nourrir le plus possible de cette découverte inespérée. Vite! Je ne veux pas laisser échapper la moindre pièce de ce trésor. Le soleil nous caresse le visage. Il filtre à travers les feuilles, doux et pourtant plus doré que jamais. Un festival de couleurs. La nature s'est déguisée. La voici en Carnaval. Bleu, Vert, Orange, Rouge, tout se mélange en un spectacle unique. Éclatantes, elles forment, réunies, une harmonie parfaite dont l'osmose révèle toute leur essence. Un paysage complet et - justement - si pur. Le moindre détail nous enthousiasme, nos sens sont saturés. Tout se mélange: transis, on est ravis dans l'instant, notre tête en tourne presque, étourdis par toutes ces émotions fortes. Que nous arrive-t-il? On a déjà vu de ces paysages d'automne. Pourquoi fait-il tant d'effet? On regarde, regarde, regarde encore. L'extase visuelle ne passe pas, ne nous lasse pas; on pourrait contempler tout cela encore mille ans.

On ferme les yeux.

Tout est parti. Que s'est-il passé? Un rêve? Une hallucination? Nous rentrons avec une déception d'enfant. Toutes ces sensations ne résonnent en nous que d'un faible écho désormais. Quand est-ce que cette Beauté enivrante a-t-elle commencé à partir? Comment aurais-je pu la retenir? Cet instant me laisse une trace indélébile même si ce n'est qu'un Ersatz de ce fabuleux tableau. Est-ce que je revivrai un pareil moment? Je sais que je verrai d'autres paysages, qu'ils seront beaux, que ce seront des moments de joie. Mais l'innocence, la pureté, la découverte, l'intensité que j'avais aujourd'hui je ne l'aurai plus. Et je sais que ces éléments ont largement participé à la Beauté de cette journée.
Nous voici désormais sur le chemin du retour. Le quotidien reprend sa place. Sa fadeur aussi. Quoiqu'un peu plus amère. La même route montpellieraine, le train-train habituel. Et dire qu'il a suffit d'une poignée de kilomètres pour nous évader. Qui aurait cru que cette journée, cette région, cette ballade, ce petit chemin de graviers, nous offriraient tant?